Livre en cours

Vous pourrez trouver ci-dessous les brouillons de mon travail d’écriture en cours.

Préambule

A ceux qui ne m’ont pas donné ma chance et à ceux qui me les ont bien cassées: tout le monde sera au courant au moins. A tous ceux qui n’ont pas encore saisi la leur, je leur souhaite de profiter de deux ou trois trucs.

 

J’adresse ce bouquin à tous ceux qui souhaitent saisir la liberté que leur offre paradoxalement un monde déterminé. Leur liberté. De la contrainte nait souvent l’indépendance, il n’y a pas besoin d’être Corse ou Breton pour le comprendre. Ces idées, je les adresse à ceux qui ne pourront agir sur les contraintes imposées par la biologie et leur naissance mais qui pourront en prendre conscience et les vivre en paix, pour mieux les contourner ou les retourner à leur avantage. Ils pourront encore plus influer sur la contrainte sociale et de richesse, pour peu qu’ils s’en donnent les moyens, car aucune n’est une fatalité.

Empiriquement, de nombreuses techniques et connaissances ont été développées par essais-erreurs au cours de l’humanité. Souvent une personne illuminée sur un terreau étrangement fertile d’une foule d’imbéciles arrivait à inventer l’eau chaude ou la roue ronde. La science a récemment codifié cette approche et a pu offrir ce progrès pour la qualité de vie et la longévité de l’homme; elle permet d’offrir une partie de la méthode à n’importe qui. D’un autre côté, l’art a raffiné des savoir-faire d’une richesse inestimable, jamais détaché de l’invention technique et technologique, offrant le témoignage vertigineux d’une lignée à l’humanité, des premiers forgerons de la préhistoire aux ingénieurs aéronautiques, des scripts de Lascaux aux œuvres contemporaines, des danses primitives aux danseuses étoiles. La politique enfin, pour peu qu’elle soit approchée en sincérité tente de remédier aux injustices, parfois en devant offrir des solutions efficaces mais contre-intuitives pour ce qu’il est commun d’appeler l’opinion publique. Les probabilités sont elles-mêmes hermétiques à la déduction humaine le plus souvent. (le paradoxe de l’anniversaire est qu’à partir de 23 personnes dans une même salle il y a une probabilité d’une chance sur 2 que 2 personnes aient la même date d’anniversaire; la probabilité atteint 99.9% à partir de 70 personnes : et tout cela est tout à fait contre-intuitif !) La créativité humaine, galvaudée sous le vocable détestable mais inévitable d’« innovation », a su inventer des objets fascinants comme la lecture ou la musique, internet, la conquête des éléments, de l’océan à l’espace. Elle sait aussi montrer le pire de notre nature, mais peut-être le pire de notre nature est indispensable à ce qu’elle a de meilleur, on en parlera.

La dite 4ème révolution a révélé des outils nouveaux: elle nous a mis en réseau malgré la distance, elle nous a offert des prothèses et des extensions de nous-mêmes, tels nos smartphones. Elle nous a parfois détourné du sens de leur usage. Il y a eu l’écueil de l’hyper-spécialisation, antithèse de la créativité humaine. On a aussi consacré pendant un temps une rupture incompréhensible entre les adeptes de l’empirique et ceux du scientifique ; entre les spirituels et les matérialistes. Le scientifique autrefois savant fou, est devenu l’esclave de sociétés de publication s’enrichissant sur son dos, enchaîné à un système de peer-reviewing conduisant à des impostures et à des articles que personne ne lit et que personne n’a envie d’écrire. Un lien s’est rompu.

 

L’intelligence dite artificielle évolue sans chercher à comprendre la nature de la psyche humaine, les besoins de l’utilisateur final et du commanditaire de cette technologie, qui est invariablement toujours l’humain. Certains dits transhumanistes et les scientifiques adeptes des approches purement ou essentiellement bottom-up (tenants du human brain project par exemple, qui n’a toujours pas donné grand-chose par rapport à un budget européen colossal d’un milliard d’euros) voudraient respectivement créer mieux que l’homme ou le reproduire artificiellement sans même l’avoir déjà compris; ceux-là pensent, en gros, qu’en refaisant l’architecture cérébrale telle qu’elle est, artificiellement, la machine s’animera des mêmes fonctions que l’original, sans avoir cherché à décrypter l’output de celle-ci, notamment le comportement humain et ses fonctions, souvent analysées en les poussant dans leur retranchements, là où la perception est altérée, d’où l’usage courant des illusions perceptives, notamment visuelles et auditives en sciences cognitives. Je pense fortement que la 5e révolution humaine sera pourtant définitivement celle de la connaissance de soi. Seul une ingénierie inverse, partant de l’homme et de ses capacités perceptives et combinatoires peut nous permettre de créer les artefacts dont nous avons besoin. Les surhommes de demain seront ceux qui renoueront avec l’approche de l’universel, celui rêvé par les Lumières à la Française, par l’Aufklärung Allemand. A ce titre, la France et l’Europe possèdent le bien le plus précieux: ce bagage intellectuel et culturel en héritage, qu’elle oublie  pourtant de plus en plus quand elle devrait le chérir. Ce sont aujourd’hui des philosophes outre-Atlantique qui nous le rappellent comme Steven Pinker récemment dans son ouvrage « Enlightenment now ».

Au long de cet essai, je serai bien sûr l’avocat de cette approche multidisciplinaire et de tout ce qu’il y a à en gagner pour maîtriser sa vie et son bonheur. Je vous guiderai également vers ce qu’il faut faire pour le mettre en pratique, concrètement : identifier nos biais cognitifs, lutter contre, les exploiter à notre profit dans notre propre comportement, les exploiter dans la relation sociale, deux-à-deux ou dans la psychologie des groupes. Je tâcherai de vous donner les plus petits dénominateurs communs de ces principes, parfois complexes de prime abord, pour que vous puissiez les offrir à vos enfants, afin qu’ils soient mieux préparés à la dureté du monde. Je glanerai mes exemples dans les choix que j’ai fait pour ma vie, mes activités, aucune n’étant vraiment le fruit du hasard mais le résultat d’une logique que je m’applique depuis mes 12 ans. Médecine, arts martiaux, pratique de la musique, sciences cognitives, politique & engagement humanitaire : telles sont les armes que j’ai adoptées et qui irrigueront les exemples choisis. Vous pourrez les adapter à vos référentiels personnels. Avoir de l’influence, c’est d’abord en avoir sur soi. Cela implique de savoir à quoi on reste irrémédiablement hermétique et comment contourner ou faire face à ses propres obstacles dans une progression, un parcours de vie. Avoir de l’influence sur soi d’abord, puis sur les autres. Influence vient d’influx, du latin influxus, qui étymologiquement désigne « un écoulement, le mouvement de certains fluides qui se répandent dans certains corps ». C’est l’idée qu’irrésistiblement, comme un barrage forcé, ou un bateau qui prend l’eau, certaines idées et concepts puissent irriguer toute ou partie de soi, pour peu qu’on ait choisi une telle évolution. Parfois à ses dépens quand on laisse autrui choisir à sa place, d’autant plus que ses intentions sont nuisibles. Cette méthode est baptisée 1flux, elle mélange les courants et symboles, elle demande de l’adaptation, et a pour vertu que vous puissiez tous gagner cette guerre psychologique un peu contre les autres, beaucoup sur vous-mêmes.

J’utiliserai ma biographie pour vous compter ces principes qui m’obsèdent, auxquels je pense tous les jours pour continuer de progresser. Je vous passerai les détails exhaustifs sur mon activité complète quand ils ne sont pas nécessaires en ne retenant que les parties et anecdotes nécessaire pour servir la logique expliquée dans ce préambule. Je vous parlerai donc de tout ça en vous parlant soigneusement de moi. Vous n’aurez qu’à garder tout ça pour vous.

Plan transitoire:

Préambule

Chapitres

Chapitre 1 : Enfance et adolescence, débuts universitaires.

Chapitre 2: Début de la vie professionnelle: la Suisse, les Balkans, la Corée, l’arrivée au parlement

Chapitre 3: La vie parlementaire: la campagne, la tambouille, le Moyen-Orient, la Corée, la vie publique. Ma vision de ce que devrait être la politique.

Chapitre 4: Biais cognitifs

Chapitre 5: Psy-wars: petite et grande guerre psychologique (id petit djihad et grand djihad); défendre idée d’une organisation fractale entre compétition intérieure et en société

Chapitre 6: La Musique

Chapitre 7: De l’inconnu, de la spiritualité, du coeur

Chapitre 8: Se battre (échelle personnelle: opérationnellement et stratégiquement; échelle géopolitique; cyber-guerre)

Chapitre 8: Diriger la France: Valeur Absolue. Contrôler le monde: Global Variations.

Chapitre 9: Revenir à la terre: imiter la Nature, toucher la Terre

 

Intermèdes:

Eloge de la Vérité

Dialogue avec Emmanuel (à garder ou pas…)

Eloge de l’éclectisme

Eloge de la répétition et du sur-effort

Eloge des réseaux sociaux

Notes (éléments à intégrer):

La majeure partie des Français viennent de familles avec des traditions chrétiennes. Mais la majeure partie des Français se définissent comme athées ou agnostiques, en tout cas sans religion et une écrasante majorité n’est pas pratiquante au sens propre du terme. Ce que je crois (hihihi) profondément, c’est que dans nos sociétés modernes, il y a « plus de gens qui croient qu’ils croient, que de gens qui croient » selon l’expression du philosophe Daniel Dennett.

Attention au doute (systématique): mal compris, il devient du relativisme et du conspirationnisme. Le dit “esprit critique”, n’est pas chose facile à appréhender et à comprendre, pour des esprits non préparés, sans un bagage intellectuel, scientifique et philosophique suffisant. Dans de mauvaises mains (esprits), il devient une calamité capable de neutraliser une société, voire un pays, où plus personne n’est sur de rien et où tout le monde suspecte tout le monde.

Le producteur de Fake News en chef, est celui qui a ce mot en bouche le plus: The Donald. Et en plus, souvent, il le répète plusieurs fois d’affilée (Fake news, fake news, fakes news…), une bonne technique rhétorique et qui trouve des explications neurologiques: l’amplification du stimulus dans l’espace de travail conscience en répétant en rythme celui-ci pour qu’il « fasse plusieurs fois le tour » et ait plus de chance d’être mémorisé.

Chapitre 1 : Enfance et adolescence, débuts universitaires.

La Corée: abandon et adoption

Tout a commencé dans une ruelle peu salubre et dans un poste de police. J’eus la chance de passer ma 1ère nuit au poste à la police du district de Mapo, aujourd’hui résidentiel et dynamique, mais zone je crois marécageuse et peu fréquentée de Séoul en 1983 quand une patrouille fit ma découverte – les veinards! – dans un coin. J’espère encore qu’il ne s’agissait pas d’une poubelle, l’histoire ne le dit pas. J’avais tout juste 4 mois puis j’eus l’honneur d’être emmené au poste de police, d’être interrogé, et c’est le moment où je demandais mon droit à un avocat. Bon, d’accord j’arrête mon char. Depuis ce poste de police, on me trouva une place dans une famille d’accueil locale, puis je fus proposé à l’adoption internationale. Sur moi avait été découvert pour seule information un petit bout de papier avec une date, semble-t-il ma date de naissance, le 15 avril 1983, petit bout de papier que je redécouvris dans mon dossier lors de ma 1ère visite en Corée en 2009, et que l’imbécile chargé de m’en donner l’examen allait jeter à la corbeille en se demandant ce que foutait cette ordure dans mon dossier. Seul écrit peut-être de la main d’une mère ou d’un père. Peut-être une fausse date. Que sais-je? Rien de plus justement. Je conserve encore dans mes papiers le reste du dossier qui n’est qu’un vague dossier médical semblant indiquer que je souffrais déjà d’une dermatite atopique que je conserve péniblement aujourd’hui encore et qui m’a fait souffrir abominablement pendant mon enfance et adolescence, agrémentée d’un asthme qui me conduisit une fois ou deux à l’hôpital. La structure de l’orphelinat, la Holt Children services, avait été créée originellement pour les enfants de GIs américains ayant copulé avec de la Coréenne. Mon cas était un peu tardif, et je n’ai guère les traits et la corpulence d’un GI Joe, mais les abandons étaient encore fréquents, notamment pour les filles mères, et les drames familiaux, où il n’était pas peu fréquent d’abandonner non seulement madame, mais madame et enfants en cas de séparation. Des centaines de milliers d’enfants furent ainsi envoyés à l’adoption par la Corée à travers le monde, j’imagine selon un plan de grand remplacement bien anticipé, formidablement illustré par la présence en politique française d’énergumènes comme Fleur Pellerin, Jean-Vincent Placé et les O frère et soeur. Et moi donc. Bref, revenons à nos moutons. La 1ère famille française à laquelle je fus proposé refusa l’engin, ma coupe de cheveux n’inspirant aucune confiance sur les photos fournies par l’institution, et la profondeur de champ étant probablement insuffisante, on eu du lui conseiller le f 1/8 en focale fixe de Canon. Mais bon, il devait faire avec les moyens du bord, le bougre.

La France, ma Haute-Marne

Saut de cabri de Séoul à Charles de Gaulle, l’aéroport. Affamé je me précipitais sur le chou-fleur de maman version 2.0 (la version 1.1 ayant capoté) à peine débarqué, pas tout à fait prévu pour moi au départ. J’ai grandi ensuite dans le village de Marnay sur Marne, dans le sud de la Haute-Marne non loin du sanctuaire de Charles de Gaulle, le Général. J’ai passé toute mon enfance et adolescence dans ce village entre temps Langres ville natale de Diderot et fortifiée par Vauban, et Chaumont, préfecture connue de… personne. J’étais dans mon village au contact de nombreux animaux de compagnie et d’animaux de ferme à domicile, et de la forêt voisine de ma maison, où je passais beaucoup de mon temps libre, à observer notamment les oiseaux, en les recueillant ou les piégeant parfois, pour les observer, les étudier. Voilà pour le passage Bambi et Pan-Pan.

Le hasard des circonstances a fait que je n’ai pas dépassé le stade de la maternelle sans m’ennuyer, paraît-il que je faisais toujours le même puzzle à 9 pièces et que c’était le signe que je me faisais chier, et que j’étais en avance, donc je n’ai pas pu passer une année de plus à m’affaler dans la salle de classe en guise de protestation, et on m’a fait entrer une année plus tôt au CP. Les 2 seuls autres faits de gloire qui me reviennent à l’esprit sont un moment de nudisme sur mon vélo rouge à 3 ou 4 ans sur la terrasse de la maison, hilares, avec ma sœur sur son tricycle, également rouge. Et à 2 ans, cette crotte personnelle retrouvée par ma mère dans le couloir qui menait à la salle de bains et aux toilettes depuis le hall d’entrée, dont je lui ai mentionné l’existence en lui demandant qui pouvait bien avoir pu laisser là ce machin.

A vrai dire, je ne sais pas si je m’en souviens, ou si je me souviens de cette anecdote qu’on m’a rappelé à plusieurs reprises jusqu’à ce que je me l’approprie comme une de ces mémoires jamais fidèles, car on oublie tout, et très vite. C’est le propre de l’homme : il oublie en permanence et ré-invente sa perception du passé. Il a l’impression que le monde qui l’entoure est riche et continu, alors qu’il l’échantillonne tant bien que mal avec un cerveau relativement lent, et de manière discontinue et avec des capteurs sensoriels de qualité limitée. Je ferai de mon mieux pour ma mémoire plus récente, afin d’être le plus fidèle à la réalité.

Après le primaire, on a décidé de m’y laisser, dans ma nature, j’y reviens. J’y passais beaucoup de temps à pied ou en moto, ah oui parce que la mauvaise influence des jeunes des villages avoisinants ou de la petite ville d’à côté serait forcément délétère. C’est vrai une moto de 80 cm3 dans les mains d’un gamin de 5 ans, c’était plus sûr. Mais bon, du coup j’y ai passé du temps dans ma campagne, et pas qu’un peu. Ce fut un moment propice à l’introspection, bien meilleur que celui que la jeunesse vit actuellement, notamment citadine, car il n’y a pas de temps pour l’ennui, et l’omniprésence des choses, des biens, de l’information, fait que tout un chacun sature, avec la réaction du pourri gâté devant trop de cadeaux : celle de ne plus s’y intéresser.

La musique

Evidemment, le grand truc d’un enfant, c’est de s’intéresser à ce qu’on lui interdit d’avoir. Un peu comme ces sodas que j’ai commencé à boire tous les jours une fois indépendant, faute qu’on me laisse en boire aussi souvent que je l’aurais voulu étant enfant. Cet exemple n’est pas bon car il ne m’a rien apporté de bien positif pour ma santé j’imagine. On m’a fait jouer du piano, j’ai évidemment voulu jouer de la guitare, que je me suis offert avec le fruit de mon 1er boulot à 15 ans dans la fonderie du village d’à côté. Je fis plus récemment la synthèse en choisissant le clavecin, une guitare à claviers, définition plus véridique que celle d’ancêtre du piano.

La musique prenait pour moi une partie importante de mon temps à la maison. Depuis 5 ans j’ai commencé à jouer, d’abord auprès de Monsieur Brigand, organiste de Langres, et aveugle, qui avait 82 ans quand j’ai commencé avec lui. J’ai appris d’emblée à ne pas regarder ce que je faisais, car c’est ainsi qu’il faisait. J’ai par la suite continué auprès d’une seconde professeure particulière Marie-Pierre qui m’a donné l’envie de la compétition en m’emmenant dans des concours de piano pour enfants, puis auprès de Daniel Folton, qui a marqué ma vie, car il m’a apporté des amis contaminé avec une pensée politique de gauche avec son entourage d’artistes et d’enseignants (je ne suis pas sûr d’avoir envie de le remercier pour ça) mais plus important encore, la démarche dont j’ai toujours eu besoin pour apprendre : se fixer des objectifs trop ambitieux et travailler jusqu’à ce que j’y arrive. J’ai travaillé de grandes pièces, trop difficiles pour moi, appris l’interprétation, à confronter des versions, grandes, moins grandes, connues, méconnues, des enregistrements rares, qui tournaient sur ses milliers de 33 tours achetés lors de ses tours du monde, lui qui était quasiment aveugle, et ancien élève de l’institut des Jeunes Aveugles. A nouveau, j’apprenais la sensation et à écouter plus qu’à regarder mes doigts ou mes partitions. J’avais droit à des analogies par rapport à la vie : on jouait de telle ou telle façon, parce que c’est ainsi qu’on se mettait en colère, ou ainsi qu’on touchait une femme. Daniel a toujours été un personnage, militant d’extrême gauche viré de tous les partis qu’il essaya, il a accordé des pianos pour les plus grands pianistes classiques et les chanteurs de variété française les plus connus, il a refusé un job important de critique musical dans l’industrie du disque à l’époque, alors qu’il fut diplômé par de grands pianistes tel Lazare Lévy qui fit partie de son jury de prix, mais non, lui décida de faire le tour du monde, de jouer des piano bars pour payer le billet d’avion suivant, et de finir accordeur du jeune Mohammed VI au Maroc pendant quelques années, pour venir s’enterrer dans ma belle Haute-Marne.

 

Mon enfance, forgée à l’éthologie de Lorenz et l’Art Martial d’après Henry Plée

Alors qu’il fut question que je reçoive mon enseignement de collège et de lycée de mon père, je décidais vite de faire dès la 6ème par moi-même, en lisant les livres scolaires en entier, et en recrachant ce que j’avais compris sur les copies à rendre au cours par correspondance auquel j’étais inscrit. J’ai vite été cherché, insatisfait, hors des sentiers battus. Je me suis égaré dans un livre de Freud qui traînait en bibliothèque. L’apiculteur du village m’avait fait cadeau du livre de Karl von Frisch sur la danse des abeilles. Par capillarité, le maître d’arts martiaux japonais que je vénérais, Henry Plée, vantait dans son approche, son lien avec Konrad Lorenz, père de l’éthologie dans les mêmes années que Frisch découvrait le comportement des abeilles, avec lequel il reçut un prix Nobel conjoint de physiologie ou de médecine en 1973 avec Nikolaas Tinbergen. Je découvrais alors ce qui devait me mener plus tard aux sciences cognitives et aux neurosciences. Vous comprenez peut-être mieux pour ceux qui ont suivi cet épisode, pourquoi il s’agissait d’une blague volontaire quand je déclenchais en décembre 2018 des buzz sur les réseaux sociaux, en disant que c’était de la « psychologie cognitive ». Une blague pour déclencher un intérêt pour la métacognition chez les Français.

Les arts martiaux, c’était comme les jeunes de mauvaise graine dans l’entourage, c’était interdit par mes parents, parce que violent. Pas question de m’emmener au club de karaté de Chaumont. J’ai ainsi décidé d’enregistrer tout ce qui ressemblait à de l’art martial ou à du sport de combat sur le magnétoscope du salon, et de repasser tout au ralenti. Idem avec tout ce qui ressemblait à des acrobaties et qui pourrait compléter mon éventail : break-dance, hip-hop, tout y passait. Puis je refaisais dans mon jardin en imitant. J’avais complété cette panoplie de fortune par des livres importants, qui m’ont accompagné jusque-là, ceux très techniques et très complets de Roland Habersetzer, pionnier des arts martiaux, ancien élève d’Henry Plée, qui importa dans les années 50 le Karaté en Europe, après avoir été ancien résistant et une des 1ère ceintures noires de Judo françaises. Henry, j’avais la chance de lire ses écrits dans le mensuel Karate Bushido et ses livres, dont j’apprenais scrupuleusement tout le contenu, et dont j’ai hérité de l’impertinence et de la capacité de penser « out of the box ». Je fus tellement heureux le jour où je reçus une réponse à ma lettre de sa part, qui marqua mon adhésion à son travail. Il y eut de backslash, d’autres lettres suivantes parfois corrigées au rouge avec véhémence, il n’était pas tendre avec les vantards et les beaux parleurs immatures. Cela forgea mon envie d’en savoir plus, et j’eus quelques années après la chance d’être reçu chez lui, de recevoir de ses mains de nombreux autres documents et nouveaux enseignements, puis de rejoindre pendant quelques années son groupe d’amis et d’élèves. Il mélangeait dans son approche un enseignement très authentique, hérité des plus grands maîtres japonais, et une recherche personnelle guidée non pas par la pensée magique, mais pas une approche très rationnelle basée sur ce qu’il avait acquis comme connaissance vulgarisée de neurosciences et par son contact avec Lorenz sur l’étude du comportement animal et humain, une sorte d’éthologie globale. Rien de ce que je lisais ou apprenais d’Henry ne m’était enseigné dans un Dojo ou même dans les enseignements de son fils Pascal avec lequel j’ai appris le Kung-Fu et le Tai Ji Quan. Enfin plutôt si, certaines choses l’étaient, sans même qu’il n’en ait conscience. J’ai pris soin de toujours décortiquer les choses, en les faisant, puis en en comprenant les mécanismes et les motivations.

Je vous épargne l’étape jusqu’au bac: 7 années moralement interminables depuis la 6ème, mais qui m’ont malgré moi permis de développer beaucoup de facultés par moi-même en raison de cet isolement. Certains écrivent des chefs d’oeuvre en prison, vous voyez bien.

L’école de l’INSERM et le dojo parisien

J’ai ainsi voulu approfondir ce qu’il n’avait pas approfondi lui-même. Voulu dégrossir ce que je trouvais encore grossier dans son approche évolutionniste, un peu Lamarckienne sur les bords, en l’agrémentant de mon travail personnel. C’est ainsi que je décidais de faire médecine, pour compléter ma connaissance des points faibles du corps humain et des techniques de réanimation développées dans le Japon et la Chine ancestrales, et je commençais un peu par hasard un tout nouveau double cursus inauguré par des anciens enseignants de l’ENS Ulm et de l’université de Paris via l’INSERM et la volonté de son directeur de l’époque le Pr Christian Bréchot. C’était un peu la Star Academy des sciences : on sélectionnait des étudiants motivés par un cursus médecine science dans chaque université française en les réunissant dans un lieu, à Marly le Roi, à l’époque, pour leur donner un enseignement élitiste en Sciences pendant 2 semaines, puis en les réunissant annuellement et en leur ouvrant les portes des plus grands laboratoires de France pour leur permettre d’y mener leurs propres projets pendant un temps aménagé sur leur cursus de médecine et de valider un Master dès la fin de leur 3ème année de Médecine après une année de césure suivant celle-ci. Motivé, j’examinais les possibilités et je fus séduit par une présentation du Pr Denis le Bihan, responsable de laboratoire au CEA et radiologue, qui présentait ce travail qui m’était inconnu sur l’exploration de la conscience par l’imagerie cérébrale fonctionnelle. Me renseignant un peu plus, je découvris qu’il me fallait aller non pas vers cette unité, mais vers l’unité voisine de Stanislas Dehaene, moins orientée sur la technique d’exploration en elle-même mais vers la fonction : l’étude de la conscience, des processus subliminaux et des processus cognitifs tels que le calcul ou la lecture. J’avais 19 ans, le Pr Philippe Ascher, co-responsable de l’école de l’INSERM m’invita à le contacter le plus rapidement, avant même la fin du processus de sélection et je pris RDV. Stanislas m’accueillit d’une façon incroyable, qui dépassait de loin le caractère austère de la majorité de mes enseignants de médecine, me donnant des lectures et une bibliographie à faire sur un sujet de psychophysique. Je fis mes 1ères lectures, apprenant de quoi il s’agissait, avec un dictionnaire d’anglais à côté de mes articles scientifiques car mon niveau de l’époque était dramatique, et redécouvris une bibliographie dont il ignorait tout ou presque, avec des papiers datant du début du 20eme siècle jusqu’aux années 1990, où les temps de réaction et niveaux de performance à l’identification de lettres et flash visuels présentés quelques millisecondes avaient été scrupuleusement analysés par une communauté de scientifiques. Tous deux motivés par cette littérature, je signais de facto mon entrée dans le laboratoire en me saisissant d’un sujet connexe : identifier les mécanismes de fusion dans la conscience humaine de stimuli visuels séparés par un micro-laps de temps, des lettres en l’occurrence, et quel serait la fréquence de présentation à partir de laquelle un mot résultant de la présence simultanée de ces lettres pourrait être identifié comme tel ou au contraire les lettres séparées identifiées comme des ensembles différents dans le flux conscient. Ce projet me permit d’être indemnisé par le laboratoire pour mes aller retours entre Orsay et Dijon, et de débuter au Dojo de Pascal, le fils d’Henry Plée, que je suivis aussi quelques années pour la richesse de son enseignement technique – bien que je n’y trouvais pas mon compte intellectuellement mais cela était complété par ma présence au groupe de son père, et avec lequel je devais passer 2 niveaux de Kung-Fu et un niveau de Tai Ji Quan, que j’analyserais peut-être comme l’équivalent de « dan » dans le système de grades courants dans les autres disciplines. Cela me permit aussi de découvrir une institution dont je ne connaissais pas même l’existence depuis mon trou haut-marnais, l’Ecole Normale Supérieure de la rue d’Ulm où je passais 2 années de ma vie dans le département d’Etudes Cognitives, qui, tout aussi enthousiaste par le cursus que j’essayais de suivre, m’inscrit pour les enseignements de la mineure de sciences cognitives pendant ma 3ème année de médecine à Dijon, puis pour le M2 du master, pendant mon projet de recherche au Service Hospitalier Frédéric Joliot du CEA, dans l’unité de neuro-imagerie cognitive de Stanislas Dehaene. L’article issu de notre travail et de mon mémoire de master fut ensuite publié dans Journal of Cognitive Neuroscience.

La religion, spiritualité, méthodes d’auto-hypnose, jeux psychiques et la recherche de Soi.

J’essayais déjà de mettre en parallèle les cours de sciences cognitives, d’IA, et de psychophysique que je recevais et les éléments de ma recherche avec les disciplines martiales que je suivais à l’époque, Karaté, Kung-Fu et Tai Ji Quan, armes chinoises et de Kobudo. C’est une démarche que je continue aujourd’hui mais je vous en parlerai dans un autre chapitre. Henry avait fait aussi la synthèse des enseignements de Gurdjieff, ce guru un peu fou, un peu charlatan, et un peu mystérieux, qui fut la coqueluche des grands de ce monde à Paris et à Londres au début du 20ème siècle, y compris des frères Huxley, auteur pour l’un d’entre eux du meilleur des mondes, l’auteur de livres sur la spiritualité et réalisateur Arnaud Desjardins, etc. Henry avait gardé de cela notamment, certaines démarches spirituelles intéressantes, et certaines méthodes techniques non moins intéressantes et originales comme l’utilisation et l’entraînement aux mouvements asymétriques. On les retrouve dans le film Rencontres avec des hommes remarquables, titre éponyme du livre du disciple de Gurdjieff, Ouspensky de Peter Brook, pour ceux qui sont familiers avec Brook et son œuvre, y compris tous ceux qui fréquentent le théâtre des bouffes du Nord à Paris. J’y ai trouvé aussi mes 1ers intérêts pour la démarche contemplative via le soufisme. La musique de Gurdjieff et de Thomas de Hartmann a par ailleurs inspiré de grands hommes contemporains, tels que le pianiste Keith Jarrett, qui a enregistré ses œuvres. Aujourd’hui les groupes dits Gurdjieff sont réduits à l’état de secte, que je déconseille, et que Henry m’avait lui-même déconseillé à défaut de vouloir finir en institution psychiatrique.

Je vivais avant mon arrivée dans le monde des sciences du cerveau une vie spirituelle paisible et ordinaire de catholique fervent, via laquelle j’avais à ma façon un moyen de vivre l’enseignement ésotérique que je trouvais dans les livres de Gurdjieff et d’Arnaud Desjardins, par des séjours réguliers dans le monastère cistercien de l’Abbaye d’Acey, où j’avais sympathisé avec le frère Bernard, et débuté une correspondance un peu plus régulière que celle que j’avais avec Henry, et qui avait débuté suite à mon 1er séjour pendant la préparation de ma confirmation, pendant lequel j’avais vécu une expérience mystique qui a par la suite duré plusieurs mois, avec ce sentiment intérieur de bonheur et de plénitude profond, éloigné des envies matérielles et sexuelles, et que certains ont déjà vécu, l’adolescence étant un moment propice à celles-ci, probablement pour des raisons de développement cérébral. Je n’ai jamais vraiment cherché scientifiquement à comprendre le mécanisme, on sait aussi que des délires mystiques sont vécus pendant certains types d’épilepsie mésiale, mais à ceux qui ne l’ont jamais vécu, je dois dire qu’ils manquent probablement la meilleure drogue de leur existence, et la plus belle sensation intérieure qu’un homme peut vivre. Je ne suis même pas sur que cela explique l’attachement de l’Homme à la religion, car les contemplatifs de toutes sortes ont toujours été persécutés ou mal vus par l’Eglise, et j’ai toujours eu la sensation de croiser partout ailleurs des gens qui se disaient croyants, sans l’être vraiment, et qui machinalement reproduisaient des rituels, sans en vivre l’intériorité, des gens qui croient qu’ils croient comme dirait le philosophe épistémologiste Daniel Dennett. Je n’ai pu revivre ce genre de sensation intérieure de paix et ce avec la même intensité que lors de séjours solitaires dans la communauté de Taizé, lors des offices de soirées ou les veillées de nuits, avec le son des psaumes à 4 voix répétés jusqu’à l’envi tels des mantras.

Avec l’expositions à la science, je vécus ensuite le tourment du doute de l’agnostique, la ferveur intellectuelle et le vide spirituel de l’athée qui s’y prend mal (je suis certain qu’il existe une façon de vivre son athéisme en transcendant autre chose, mais quand son passé fervent vient d’un vécu religieux, il est très dur de le ré-inventer, de même qu’il est difficile de se créer une nouvelle ferveur avec de nouveaux rites lors d’une conversion en venant d’une religion et en arrivant vers une autres). Il est très beau mais certainement très dur d’être athée pour les bonnes raisons (tout raisonnement rationnel plaidant clairement en faveur de l’existence d’un principe tel que celui de Dieu) et en trouvant un équilibre pour une vie heureuse. Tout est fait pour échouer. Il y a ceux qui se disent athée parce qu’ils ne se sont jamais posés les questions sur une vie intérieure très morne. Qui ne savent pas jouer avec leurs états de conscience, ne les ont jamais vécus avec excès, ou même ressentis.

J’ai longtemps couru après ces sensations fortes ressenties pendant ce bonheur extrême de la crise mystique, une sorte de béatitude. On le cherche via l’amour éperdu. On le cherche avec un apport extérieur chimique, la drogue. Rien ne l’a jamais satisfait, et j’en suis néanmoins arrivé à la conclusion qu’il y a un temps pour tout. Frère Bernard m’avait lui-même dit qu’heureusement on ne restait pas perché toute sa vie comme ça, mais que l’essentiel était de retrouver cet état quand il était nécessaire, lui qui avait avant sa vie monacale connu une vie de déprave et d’agressivité. Certainement que parmi ses frères de tous âges, certains étaient éperdument à la recherche de celle-ci. J’ai toujours vu la religion politique et les politiques de la religion avec une détestation et une méfiance forte, car ces gens-là ont toujours utilisé des dogmes et des principes au service de quelque chose aux antipodes de ce que j’ai moi vécu un jour avec la religion : une sensation universelle de paix, de bien-être, de générosité et de plénitude qui est la seule raison pour laquelle une vie religieuse vaut d’être vécue. Elle imprime à une existence entière un élan, et peut être le garde-fou à certains excès d’inhumanité, si le destin veut un jour que vous soyez décideur public ou que d’une façon ou d’une autre vous êtes appelé à avoir une influence sur le monde et ses habitants.

Chacun essaie de réunir en lui ce qui est épars. J’ai ainsi toujours essayé pendant mon adolescence de faire vivre ensemble ces différents apports qui au fond constituent une éducation complète que je me suis forgée sans me rendre compte sur le moment, avec bien sur l’apport de gens rencontrés sur mon chemin car on ne réussit jamais seul : l’envie de la compétition et du combat, l’envie de comprendre les mécanismes mentaux et physiques, l’envie de spiritualité, l’envie de culture, l’envie de science, l’envie de comprendre le monde et les hommes et toutes leurs facettes.

 

Chapitre 2 : Entrée dans la vie adulte : la science, les questionnements, les femmes, le monde.

Le retour de Paris vers Dijon

Déçu par la compétition aveugle en médecine à Paris et une ambiance pas très sympathique par rapport à mes habitudes de camaradedire à l’ENS ou en faculté à Dijon, bien que j’obtins l’autorisation du doyen Saillant de la Pitié-Salpétrière de rejoindre son université en 4ème année après mon master à l’ENS (remis par l’ENS Cachan, car l’année où je passais mon master, fut la 1ère année après le DEA et avec l’application de la réforme LMD, l’ENS Ulm ne pouvait alors pas décerner le diplôme de master, y compris pour les étudiants qui étaient inscrits chez eux directement dans ce master co-habilité, chose qui fut corrigée l’année d’après je crois), je décidais de rejoindre Dijon, où je me sentais chez moi, avec mes amis, proche de ma Haute-Marne, et plus près du vert que dans un Paris pollué, avec des conditions de vie un peu catastrophiques où je vivais dans une chambre de bonne au 7e étage sans ascenseur et sans douche, avec des voisins louches, l’une maniaco-dépressive et l’autre qui pissait dans des bouteilles pour éviter d’aller aux toilettes communes. La nuit, après le Dojo où je passais toutes mes soirées pendant 4 à 5 heures, je faisais l’aide-soignant à la clinique Jouvenet, pour ensuite rejoindre le laboratoire à Orsay, puis à Saclay lorsque le laboratoire a déménagé. Je refusais ainsi l’offre de Stanislas Dehaene de poursuivre chez lui en doctorat, pour des raisons personnelles qui commençaient à me peser sur ma qualité de vie à Paris.

Une vie de jeune normal

Je revins à Dijon, où j’enseignais le Kung Fu et le Tai Ji Quan aux élèves avancés d’une antenne locale de notre dojo parisien, et repris content le rythme de ma vie, ma moto gros cube, mon skate-board et les bœufs de jazz manouche, devinrent mon quotidien. Ce fut une période importante, qui me couta sans doute une vie de couple rangée, mais je n’y étais pas destiné, en tout cas pas sous cette forme et il était sans doute trop tôt. Ce fut ma période des grosses fêtes,, des copains Thomas, Vincent et Franck qui vous ramassent dans la rue quand ils arrivaient eux-mêmes à marcher encore, de mon groupe de reprises de rock entre Paris et Dijon, du temps passé avec les copains musiciens, et notamment Jérôme, alors guitariste de jazz star des bœufs de Dijon de l’époque, aujourd’hui sideman du chanteur Yves Jamait. Il m’a appris le tabagisme actif et passif et l’alcoolisme aigu, mais surtout à jouer de la guitare manouche, même si mon cas est désespéré pour la sensation du rythme, qui m’a toujours posé problème. Je n’ai jamais réussi à choruser correctement non plus, mais paraît-il que ma pompe était la meilleure de Dijon en ce temps-là. Nous passions du temps dans les bars, dans le monde de la nuit, de la vraie, pas celle de l’électro d’aujourd’hui avec des bobos cocainés en quête d’identité, mais avec des poivrots et des manouches à l’Assommoir et à l’Univers. C’était d’un autre côté le temps des skate-parks, de drop de half-pipes. Je n’étais pas mauvais pour la courbe et pour la prise de risque, mais je n’ai jamais voulu prendre ceux inconsidérés au-delà de 4 ou 5 marches. Les rares copains vraiment bons qui le faisaient ont tous fini avec des genoux en carton. On sortait d’une session en mangeant les sticks de poisson et les steack hachés surgelés du Lidl, ou bien en ramenant des frites froides du Flunch dans un sac plastique, car c’était déjà à volonté à l’époque. C’était aussi le temps de la moto, de cette horrible GS500 achetée une misère avec un gros sticker Taz sur le réservoir, conduite sans permis pendant des mois, puis de ma 600 Fazer payée grâce à un généreux prêt de Marie-Martine, que je considérais un peu comme ma marraine bonne fée, qui m’apprenait beaucoup plus que ce qu’elle eut pu faire comme chirurgienne de gynécologie oncologique, alors que je me destinais à une carrière chirurgicale. Je payais cette vie dispendieuse – les planches, les guitares du luthier Dominique Bouges et les motos ça coute cher, en écumant les blocs opératoires de Dijon comme aide-opératoire ou instrumentiste des chirurgiens de la ville, avec lesquels j’avais noué des liens d’amitié et de confiance certains, sauf concernant mon aptitude à arriver à 8h au bloc opératoire, habitude qui me valut vite quelques menaces de foutage à la porte à mon arrivée en Suisse quand j’importais cette tradition avec moi en 2008 en arrivant à Genève. Je ne mettais quasiment jamais les pieds à la fac. Pourquoi faire,  être là, passif, assis sur un banc d’amphi, à recopier le cours de quelqu’un qui lit un polycopié devant vous, quand on peut apprendre par compagnonnage ou par soi-même? Que de temps perdu pour ceux qui apprennent ainsi. La vie est si courte pourtant.

 

Inquiétudes: les enfants.

J’en reviens au couple. Nous prîmes la décision d’avoir un enfant très tôt avec la personne avec laquelle je vivais alors, et avec laquelle j’avais passé de nombreuses années depuis mon adolescence mais le couple n’allait déjà plus très bien et il ne nous a finalement toujours connu que séparés mais je crois que tout va bien. De l’inquiétude, j’en aurai toujours pour lui, comme pour les autres enfants. En se demandant toujours si on a bien fait telle ou telle chose, et en regrettant en permanence certains moments malheureux, même les plus insignifiants. En en oubliant probablement de voir les plus importants. Mais bon, à nouveau je crois qu’ils vont tous bien. Ah purée ce que je n’aime pas ça que de parler de ces choses-là. Chacun a refait sa vie, elle très vite dans une nouvelle stabilité et moi dans une instabilité constante qui m’a beaucoup appris et beaucoup fait voyager intérieurement et littéralement. J’ai toujours aimé dramatiquement fort, puis soudainement le chaos intérieur, la déchirure en cas de rupture. Jusqu’à mon dernier mariage, on y reviendra. Depuis, j’aime les choses simples et j’ai déserté les hauts et les bas amoureux. Je préfère l’équanimité dans le sentiment. Pour combien de temps? Est-ce un fait normal à ce stade de la vie? Un fait purement hormonal et cyclique? Intéressantes évolutions.

Le départ de Dijon vers la Suisse.

Je n’ai jamais aimé les décisions couperet. Et je n’aimais pas l’idée que le concours de l’internat décide de ce que je ferais. J’ai fait le strict minimum pour avoir un classement qui ne soit pas un point noir à mon CV, en emmenant mes livres sur ma moto pour m’enfermer dans un Formule 1 pendant 3 jours avant le début des épreuves. Mais j’avais surtout continué à travailler pour ce que je voulais faire scientifiquement et avais ainsi planifié mon départ vers la Suisse avec deux buts : faire un doctorat de sciences à l’école polytechnique fédérale de Lausanne sur le sujet des expériences de mort imminente et des expériences de décorporation et le sujet plus annexe, de faire mon internat dans la discipline que j’aurais choisi moi-même sans qu’on ne me l’impose. Mon CV très fourni sur le versant scientifique intéressait des chefs de service pour mon potentiel de publication scientifique à venir, et je trouvais sans peine un 1er job en chirurgie viscérale à Genève, alors dans l’optique de poursuivre ensuite sur la neurochirurgie ou la radiologie, m’exigeant dans tous les cas une année de médecine ou de chirurgie dans le cursus. Le sujet de la conscience de soi et de ses distorsions me fascinait depuis que j’avais rencontré le patron du laboratoire que je visais, Olaf Blanke, lors d’un congrès où Stanislas Dehaene m’avait emmené avec lui à Porto. Nous nous sommes retrouvés dans un semi-traquenard, entre d’une part une population de chercheurs de grande qualité et de l’autre côté, et de l’autre côté une population de parapsychologues, qui me rappelaient les livres sur la radiesthésie que ma tante m’avait prêté dans un moment où je m’intéressais aux baguettes de sourcier. Adolescent, je m’en étais fait une paire en forme de L, basée sur 2 cintres, avec une poignée mobile roulante, et les deux baguettes s’écartaient ou se croisaient quand elles découvraient une source d’eau ou un être vivant. Je n’ai jamais réussi sur le coup à savoir si je me jouais des tours à moi-même ou si les baguettes bougeaient toutes seules, et je crois que ce furent mes 1ers tourments sur la question du libre-arbitre et sur la pensée magique. J’étais certain d’une part qu’il y avait autre chose. J’avais appris le yoga et le Qi Gong par moi-même, ressentant très clairement une forme d’énergie le long des trajets dits des méridiens, étant capable d’induire en moi des états très proches de l’hypnose, et y arrivant aussi comme je vous l’ai expliqué plus haut par la prière ou par une forme frustre de la sophrologie, le training autogène, que j’utilise toujours et que j’avais apprise à des enfants lors d’une colonie de vacances il y a longtemps.

 

L’idée naïve de la lutte contre l’ego en mode « si tu me gifles, je tends l’autre joue ».

Tiens, une petite digression, je repense à cette colonie de vacances où j’étais assistant sanitaire. Purée, il y avait ce gars, infect, moniteur, dont le seul plaisir était de se foutre de moi parce que j’allais me fiancer, en présence d’un prêtre, et que j’étais donc un mec duquel il fallait se moquer, et qui devait être un nanti et à mépriser. C’était un moment où j’étais en plein questionnement spirituel, où je cherchais les ponts entre ce que je commençais à aborder des sciences, différentes traditions spirituelles et la mienne, et où, je m’étais fait violence de travailler sur l’ego. J’ai donc accepté beaucoup d’humiliations face à cette attitude, au point qu’une autre monitrice me dit d’apprendre l’auto-défense de la même façon que je le faisais avec mes arts martiaux qu’elle me voyait pratiquer le matin à l’extérieur. Je sortais de ma campagne depuis peu aussi, il faut dire. Ce fut je crois la dernière fois que je considérai que l’état sans ego devait être la voie de la sagesse. Je compris ma confusion progressivement. Récemment encore comme brancardier un été au CHU de Dijon, un collègue titulaire un peu cow-boy m’accusa de ses manquements auprès du chef de service, et un autre collègue dut venir à ma défense, car je n’osais pas le faire pour ne pas créer de conflit, je m’en rappelle maintenant que j’écris. Entre la capacité à exister fièrement et celle à savoir regarder et admettre ses propres faiblesses pour avancer, il y a un grand pas. Ce type-là de la colo, était fier de devoir prendre sous peu des responsabilités à l’UNEF. Depuis je bouffe des types comme ça à chaque goûter et je ne suis pas près de m’arrêter, les ignorer ne sert à rien il faut les combattre avec virulence. C’est le seul avec lequel j’ai dû être gentil une fois. J’ai aussi arrêter avec ces conneries de lutte contre l’ego purement et simplement. Il ne faut pas tout croire des contemplatifs: ils vivent une vie de contemplatif. Est-elle insérée dans la société et adaptée à un rôle de décideur public? Non. Il y a autant de voies que de rôles à distribuer dans une société qui fonctionne. Ainsi, les buts suprêmes spirituels de certains sur un type de voie sont valables pour eux, mais pas pour d’autres fonctions. Ainsi va la vie. La façon dont je conçois aujourd’hui cette idée de la lutte contre l’égo n’est pas de vous empêcher de vous défendre ou d’exister en tendant l’autre joue, une mauvaise compréhension également de la chrétienté probablement, dans un vécu de victime. ELle est simplement de se connaître, de toujours vouloir progresser, d’être sur un chemin, et de garder suffisamment de recul sur soi pour s’auto-corriger quand cela est nécessaire. Par exemple, comme opérateur de forces spéciales ou agent du service action de la DGSE, vous êtes entraînés à tuer pour l’Etat, en le faisant si besoin pour le pays et en réponse à des ordres. Cela fait-il de vous un homme violent. Non. Mais cette fonction exige une estime de soi, de se connaître avec ses qualités et ses défauts pour survivre en milieu extrême, une hyper-adaptabilité et une modestie pour garder du discernement certes, mais surtout pas un ego dans les chaussettes ni la reddition en cas d’adversité.

Début de ma vie en Suisse

J’ai donc quitté Dijon, en signant un contrat aux Hôpitaux Universitaires de Genève dans le service de chirurgie viscérale du Pr Philippe Morel, et découvrant un salaire mensuel incroyable, auquel je ne m’attendais nullement, car je n’avais pas posé de question à ce sujet, il était secondaire pour moi à ce moment-là, croyez-moi ou non. J’avais la perspective de commencer dans 2 années ma thèse à l’EPFL, en candidatant à la bourse du cursus MD-PhD suisse, qui exigeait alors que je réside et travaille depuis au moins deux ans sur le sol suisse. Je devais remporter cette bourse très compétitive, qui me permit d’obtenir un financement important, non imposable, de 180’000 CHF pour trois ans. En parallèle, je poursuivis par 6 mois de neurochirurgie au CHUV de Lausanne, discipline qui ne me plus guère par rapport à ce que j’en attendais et quelques mois à nouveau comme interne de chirurgie viscérale aux urgences du CHUV, puis le Pr Reto Meuli, qui devait devenir mon co-directeur de thèse avec Olaf Blanke, m’engagea pour une formation de radiologie dans son département. Je lui suis toujours très reconnaissant car il est un des rares supérieurs hiérarchiques que j’ai jamais respecté comme tels, sans qu’il eut jamais besoin de lever la voix. Il y a des personnes qui savent ainsi s’imposer sans gesticuler dans un milieu très pyramidal, il est de ceux-là. Il m’a derrière une austérité apparente qui ne plaisait pas à tous mes co-internes, apporté beaucoup et toujours soutenu sur mes projets médicaux et scientifiques. Le choix d’arrêter la chirurgie tenait plus au fait que je désirais mener de nombreux projets de front: faire de la musique à haut niveau, de l’art martial, et le temps que demande la chirurgie telle que pratiquée actuellement ne souffre pas vraiment un tel éclectisme. Par ailleurs, le temps que cela demandait avant d’obtenir une réelle indépendance dans l’exercice ici en Suisse n’a pas vraiment résisté à mon envie de vivre vite et j’avais la sensation d’avoir fait le tour, et de devoir commencer une nouvelle aventure pour connecter encore plus de choses éparses et enrichir le reste. La radiologie me mettait d’autres perspectives: utiliser mes compétences en informatique, avec des bases de programmation et la maîtrises des systèmes d’exploitation open-source acquises pendant mes années à l’ENS et au CEA, et par une jeunesse où j’avais beaucoup d’ordinateurs et de jeux vidéo à disposition; utiliser mes compétences en psychologie cognitive pour lutter contre mes propres biais cognitifs de lecture et améliorer mon propre rendement de lecture d’examens et diminuer le nombre de diagnostics manqués.

La radiologie

Au-delà de la pratique qui m’apportait une connaissance supplémentaire sur les neurosciences sur le versant clinique, j’ai tenu à avoir une formation la plus complète possible malgré la spécialisation en neuro-imagerie qui était la mienne depuis le début de ma formation, avec un passage bien plus long qu’à l’accoutumée dans l’unité de neuro-radiologie, qui était celle de mon chef de service et celle du Pr Philippe Maeder qui m’a appris l’essentiel de mes connaissances en neuro-radiologie et avec lequel j’ai eu la chance et le bonheur de travailler dans la bonne humeur et l’excellence conjuguées. J’ai co-dirigé avec lui une thèse de doctorat et 2 travaux de recherche dont je suis particulièrement fier sur l’accumulation cérébrale du Gadolinium injecté pendant les IRM. Lors d’un congrès en Corée du Sud il y a 3 ans, prenant connaissance des travaux de Kanda et de Radbruch sur la découverte de l’accumulation du Gadolinium suivant les IRM injectées réalisées par les patients du monde entier ayant bénéficié de produits de contraste dits linéaires , je me suis mis en tête de découvrir d’autres régions que les 2 déjà mises en évidence par les auteurs des papiers princeps et en voyant l’étendue des confusions avec des questions de développement. Les médecins, radiologues y  compris, ne sont pas bons avec la physiopathologie, les sciences cognitives et les statistiques. J’ai ainsi choisi de lire mes images dans d’autres plans que le traditionnel plan axial afin de répérer d’éventuelles autres zones présentant des hypersignaux T1 spontanés, susceptibles d’avoir été victimes d’une rétention du Gadolinium. J’ai ainsi avec obsession repris plusieurs milliers de dossiers pour en sélectionner environ 500 de patients ayant subi des IRM à répétition, de classes d’âge différentes, avec 2 types de produits différents, linéaire ou macrocyclique, pour découvrir que certains d’entre eux présentaient des zones anormalement blanches sur la série T1, en plus des globus pallidi et des noyaux dentelés du cervelet. Je partais du principe qu’il faudrait examiner scrupuleusement toutes les régions ou sous-régions de structures connues pour contenir de fortes concentrations d’ions métalliques susceptibles d’être échangés dans une réaction dite de transmetallation lors du passage de sang riche en Gadolinium, suivant l’injection de ce produit en intra-veineux. J’ai découvert ainsi toute une série de régions dans les noyaux de la base du système striatal également siège d’une probable rétention des ions de Gadolinium. Nous avons prouvé cela avec succès. Je n’ai pas eu le temps de mener une étude secondaire qui les aurait probablement identifiéé également dans les ponts caudo-lenticulaires de matière grise, structure souvent méconnue des radiologues en routine, mais donnant un aspect « tigré » ou « rayé » à la région jointive du noyau caudé et du putamen. Je dispose encore d’une série de patients démontrant cet effet. Nous avons enfin mené l’étude avec laquelle j’ai décidé de tirer ma révérence du monde académique pour l’instant, qui permet de montrer que ces hypersignaux spontanés sont chez l’enfant poly-injecté par les gadolinium dits macrocycliques, les plus sur du marché actuellement, non pas témoins de la rétention supposée du gadolinium mais juste le reflet du développement et notamment du processus de myélinisation et d’accumulation probable et naturelle d’autres ions métalliques. Nos deux articles ont suivi la même méthode statistique rigoureuse, et la même systématique exhaustive et ont été publiés dans la revue spécialisée Investigative Radiology.

Sur le versant clinique, paradoxalement, j’ai pris beaucoup de plaisir à des composantes bien moins intellectuelles mais qui me mettaient au contact des gens. Beaucoup de gens choisissent la radiologie pour « avoir la paix » et ne pas avoir à faire de la psychologie avec le patient. Il en faut pour tous les goûts. Je suis pour ma part quelqu’un qui aime parler aux gens, aux patients. J’ai ainsi toujours pris le plus grand plaisir dans une activité en complément de ma spécialisation en neuro-imagerie à réaliser de nombreuses gardes de radiologie d’urgence, pendant lesquelles je poursuivais un travail quasi-chirurgical de poses de drains et de ponction et évacuation d’abcès, grâce à  un savoir-faire acquis pendant mes années comme aide-opératoire ou comme interne de chirurgie. La tête et les jambes, selon la même logique que j’ai dévelopéée depuis mon enfance. En vue des développements en pleine expansion de méthodes de lecture automatique des séries d’image radiologique par des algorithmes dit d’intelligence artificielle, je ne m’en suis jamais inquiété. Ces méthodes sont pour le médecin l’occasion d’augmenter ses rendements et sa précision diagnostique, et la difficulté d’automatiser complètement une tâche où le meilleur outil reste notre cerveau spécialiste de calcul probabiliste bayésien fait que nous ne serons pas demain au chômage, en tout cas pour ceux qui ne seront pas devenus des esclaves détecteurs de lésion bien payés, car d’une part cette paie à l’acte diminuera inexorablement, et d’autre part l’avenir de la profession passera entre les mains de ceux assez malins pour avoir anticipé ce tournant et pour avoir eux-mêmes améliorés leurs cadences en augmentant l’ergonomie de leur poste de travail et de leurs méthodes cognitives, en prenant conscience de leurs biais attentionnels, et défauts de perception et de concentration pendant l’acte de diagnostic. Depuis longtemps, pour éviter les mouvements inutiles des yeux d’un écran vers l’autre ou vers le clavier et donc de désengagement d’une tâche vers l’autre, j’ai travaillé comme au clavecin à ne jamais ou presque jamais regarder mes doigts pendant la frappe, sans doute bien entraîné par l’instrument et par un apprentissage réalisé avec des enseignants aveugles. J’ai automatisé des raccourcis évitant des déplacements inutiles de la souris et des macros permettant des remplissages automatiques de parties de mes rapports, des raccourcis multiples avec une souris de gaming, et les ai standardisés, tout en fournissant un travail d’analyse très fouillé. Par ailleurs j’ai systématisé une approche me permettant d’éviter certains biais attentionnels ou de détection de petites lésions par des méthodes d’épaississement de coupe, de présentation dans des parties du champ visuel différentes selon le fait qu’une lecture rapide me permettra plus d’efficacité par la détection de visual transients (meilleur en regard périphérique), ou contre-intuitivement en réduisant la taille des images pour la détection de petites lésions examinées lentement avec soin, pour les placer en vision fovéale  où les champs récepteurs sont plus larges. Je fais attention aux erreurs classiques d’être déchargé mentalement par le biais de satisfaction d’une 1ère découverte, n’étant pas rare qu’un diagnostic en cache plusieurs autres, ou à d’autres types de biais logiques entrant dans la case des logical fallacies. 

Dans ma pratique de la télémédecine, ces méthodes me permettent déjà d’être meilleur dans mon travail, de gagner du temps, de gagner plus d’argent et d’avoir un diagnostic plus sur. J’envisage évidemment de développer plus de méthodologie pour augmenter encore l’efficience et notamment via l’optimisation du poste de travail, que certains gamers ont déjà bien compris mais qui n’est pas encore arrivée chez la plupart des docteurs, vivant dans le monde d’hier dans une discipline où pourtant, l’hyperadaptabilité fut la règle, car la génération d’avant a du passer de développements de photos dans une chambre noire à la lumière rouge, au scanner spiralé et à l’IRM.

L’étude de la conscience de soi

Auprès de Dehaene, j’avais travaillé sur les mécanismes visuels de la conscience et de lecture, je souhaitais travailler sur la conscience kinesthésique, la conscience du corps et la façon dont on intègre les perceptions sensorielles issues des 5 sens plus du sens de l’équilibre passant par le système vestibulaire pour créer la sensation d’être soi, dans les limites de son corps. Ainsi, l’étude des mécanismes de décorporation et de mort imminente étaient des sujets parfaits. Sur la crête, faisant s’affronter des charlatans dualistes et défenseurs d’une explication irrationnelle du phénomène, et des scientifiques trop peu nombreux en cherchant les bases neurologiques, ce sujet était parfait pour le type de questionnements que j’avais. J’ai ainsi participé à plusieurs travaux pendant ma thèse de neurosciences pour analyser des phénomènes de décorporation ou de désappropriation de l’image corporelle appelés autoscopie, survenant dans la vie normale chez des sujets sains, ou chez des patients notamment épileptiques avec des lésions cérébrales dans l’insula ou le cortex pariétal, ou la jonction temporo-pariétale. Nous avons acquis avec les travaux de mon professeur Olaf Blanke et de nos collègues, que le défaut à réaliser cette intégration multisensorielle, notamment sur le versant visuo-vestibulaire ou visuo-tactile, était à l’origine de tels phénomènes. J’ai plus particulièrement travaillé par l’IRM de haut champ magnétique à 7T sur l’identification des régions responsables de ce sens de l’équilibre, une sorte de centrale inertielle humaine en soi en provoquant des vertiges par des décharges électriques sur la mastoïde pendant l’IRM . J’ai également fait fabriquer des prothèses de main et de pied en caoutchouc afin d’induire des appropriations de celles-ci provoquées par des signaux rendant celle-ci cohérente par des mouvements visuels de vection provoquant des illusions de mouvement illusoire et des signaux tactiles synchrones avec ceux reçus sur soi (comme les déplacements d’étoile dans Star Wars) dans un setup de réalité virtuelle ou augmentée. Nous avons ainsi mis en évidence que la représentation que nous avons de la localisation de nos membres est assez plastique pour être influencée par des stimuli extérieurs permettant de s’approprier des prothèses comme des éléments de notre propre corps. Cette plasticité immédiate, qui a évidemment ses limites afin que notre conscience auto-corporelle reste stable dans le temps, permet sans doute notamment de s’approprier l’usage de l’outil, utilisé finalement comme une projection de soi, dans un espace péri-personnel comme à distance par la ballistique, une compétence très spécifique à l’homo sapiens sapiens, à l’exception de quelques autres espèces animales sous des formes plus frustres.

 

Valeur Absolue, notre nouvelle vision de la politique en France?

Il faut que les partis viennent et s’effacent. La vie nous fait changer, évoluer. Nos idées également. Rien ne saurait donc figer nos identités par l’affiliation à un parti, un ensemble, l’identification ou l’admiration à un homme, une femme, un chien (voir l’affiche du parti animaliste lors des dernières européennes).

D’étranges points communs réunissent les hommes en ce monde, d’où qu’ils viennent, je l’ai découvert notamment au contact et par la lecture des travaux des psychologues évolutionnistes, un domaine passionnant. Beaucoup de choses les distinguent aussi, ce qui engendre parfois des difficultés à cohabiter et des rivalités ou violences entre des ensembles sociaux ou ethniques très proches. Je travaille sur ce qui unit les hommes. Je n’aime pas ce qui les divise mais je n’ai aucun taboo à rechercher ce qui les divise et à assumer des vérités qu’il ne serait pas politiquement correct d’avouer (i-e- « au risque de perdre un pan de l’électorat ou d’attirer l’opprobre publique », telle est la pensée du politicien en quête de sa future élection). Je n’ai jamais voulu choisir entre mes amis s’identifiant à gauche et ceux s’identifiant à droite. Ou entre ceux qui ne juraient que par la France ou ceux qui, Français, préféraient d’autres pays que la France de par des origines étrangères ou le choix de s’être expatriés. Certains ne travaillent que sur ce qui divise: on alimente des débats inutiles sur des chaînes d’information (sic…) en continu, où basiquement le but est que chacun reste campé sur des positions et commente à l’envie des bribes d’actualité sans avoir la moindre compétence valable sur le sujet parfois. Une énergie tellement importante, dissipée en vent, au mieux en chaleur, l’entropie par excellence. On a les hommes politiques et les journalistes qu’on mérite. Ce système s’auto-alimente de signal inutile, pourvu que ça fasse du bruit, qu’on ait l’impression qu’il se passe quelque chose (étrangement, il semblerait qu’il y ait moins de choses importantes à dire pendant les vacances d’été tous les ans en France….)

L’idée de la France pour moi, c’est de sublimer ce qui réunit l’humanité, plus que ce qui la divise. C’est le sens de la Fraternité. Un peu celle de l’égalité aussi, mais j’aimerais qu’elle ne soit que l’égalité des chances offerte par l’Etat, pas l’égalitarisme et la discrimination positive de toute opinion minoritaire. Malheureusement, nombre de personnes aux responsabilités ont préféré diviser pour mieux régner, et déresponsabiliser pour s’imposer en homme ou femme providentielle. Ceux-là même mépriseront les petits, les faibles, ceux qui n’auront pas su comment décrypter ce petit manège ne servant que les intérêts d’un petit nombre.

J’ai analysé la situation, par rapport au but avoué que j’ai dans la vie de progrès sur soi permanent, de la recherche d’une vision holistique de l’être, et cherché les conditions d’un engagement politique qui me plaise d’abord à moi, car je ne suis pas sûr d’avoir déjà été pleinement convaincu par une formule d’engagement politique préalable, ici ou à l’étranger – car le point commun est que les erreurs que nous avons faites en France, ont déjà été commises partout ailleurs. J’ai cherché également à l’étranger, notamment en Suisse et en Corée, le meilleur de ce qui se fait pour assurer : respect de l’autre, respect de l’environnement, croissance, bien-être, création, humanisme.

Cet humanisme dit des Lumières, concept dégénéré par des pseudo-politiciens sans culture scientifique ou artistique, et sans voie de recherche intérieure, sur eux-mêmes, demeure en essence la recherche d’une liberté individuelle, l’assemblage de ces libertés individuelles conduit naturellement des individus épanouis à la recherche des conditions d’un bonheur collectif, l’altruisme étant connu comme une qualité humaine et animale, instinctive et héritée d’une longue évolution du vivant.

Je ne vous demande pas de porter notre étiquette. Libre à vous de choisir de défendre les idées derrière cette image que nous construisons aujourd’hui, qui se doit d’être éphémère et le flambeau vite repris par de nouvelles générations, encore plus compétentes que les précédentes. Je suis certain que ces générations de millenials sauront mieux que la mienne combiner technologie et savoir-être. La 4ème révolution industrielle a peut-être été celle de l’informatique et de l’internet, mais c’est seulement la synthèse de ces outils avec la connaissance de soi, appréhendée de plus en plus par des neurosciences qui originellement s’étaient trop détournées du rapport subjectif de l’individu, et par des méthodes empiriques anciennes voire ancestrales, qui donnera la meilleure approche holistique de l’Être. Ici, rien d’une démarche de gourou ou de développement personnel. On parle ici non pas croyances mais de choses très concrètes,  un équilibre dont chacun a besoin entre une vie sociale et une vie intérieure. La politique n’a aucune raison d’être segmentée de cela – si elle l’est, c’est donc que ce qu’on nous offre n’est pas la vérité, de même que les multiples centres d’intérêt que nous avons tous, et qui ont plus en commun qu’à être appréhendés à part.

Les symboles ont cela d’utile qu’ils font réfléchir. A vous d’être juste un peu fêlés tout de même pour laisser entrer la lumière. J’ai choisi le terme de valeur absolue, car je suis persuadé que certaines valeurs ne peuvent être relativisées. Libre à vous de me dire celles auxquelles vous croyez, et pourquoi vous les chérissez, même pour les plus subjectives d’entre elles. Et il en est certaines, qu’objectivement, je choisirai de vous présenter avec fermeté, parce que tout relativiser est le début de l’acceptation que « tous les avis se valent », même ceux émis par des esprits mal préparés ou mal intentionnés. La méthode scientifique est celle que je privilégierai dans la méthode, parce qu’elle permet de prendre des décisions éclairées par des faits vérifiables selon une méthode éprouvée de test d’un modèle, sur lequel on revient de manière récursive pour le corriger en permanence. C’est ce qu’on devrait appliquer à sa propre vie, et la rigueur scientifique n’empêchant en rien l’originalité créatrice, repoussant aux confins ce qu’on imagine possible.

Sur le plan du tempo de la décision politique, le temps de la science n’est en revanche pas toujours adapté, et nécessite souvent de préempter un résultat soit par l’application du principe de précaution, soit par une prise de risque qu’il convient aussi de privilégier parfois.

Les générations se parlent peu entre elles, peut-être parce que déjà elles ne se parlent pas assez dans les foyers familiaux, quand ceux-ci ne sont pas assez solides, que les enfants sont laissés à l’abandon ou qu’il y a de la violence. C’est pourtant là que tout se joue, y compris des retards parfois irréversibles sur des carences éducatives ou alimentaires. Paradoxalement, quand ce n’est pas par négligence mais par trop de stimulation, souvent dans un mode de vie citadin ne laissant pas de temps à l’enfant pour s’ennuyer, il n’y a plus d’énergie créatrice. Comme pour l’adulte saturé d’information inutile via les objets connectés.

Les hommes et femmes de tous âges n’ont en effet pas assez de temps ménagé pour devenir ce qu’ils veulent être, et c’est à cette fin que la technologie devrait mieux les servir, en éliminant les métiers avilissants ou répétitifs, et en donnant à chacun l’occasion d’exercer là où il excelle, de par des dons innés et de par un travail acharné sur un ou plusieurs domaines. Le droit inaliénable par excellence devrait être celui de faire ce qu’on aime, d’aimer qui l’on souhaite, quitte à ce que cela change, et tant que cela n’affecte pas cette même liberté chez autrui. Mais trop souvent en France, la jalousie de la réussite fait générer de nouvelles règles et de nouvelles lois pour brider cette énergie, qui s’éteint alors ou s’exporte dans des contrées plus favorables.

Plus qu’un projet politique, c’est une nouvelle vision de la vie en société en France sur laquelle je souhaite travailler avec vous. Pour qu’une fois encore, les Français se réveillent, retroussent ensemble leurs manches, et démontrent au monde, l’esprit créateur qui règne dans cet endroit si particulier qu’est notre pays. Il ne faudra pas avoir peur d’essayer de nouvelles choses, de nouveaux concepts, de travailler dur pour cette utopie, de ne pas hésiter à combiner le meilleur de notre héritage comme le meilleur des inventions du moment pour en faire un véritable Joker dans le jeu de poker mondial qui se joue actuellement, où beaucoup trop n’est qu’apparence, bluff, désinformation, relativisme.

Dans le symbole de Valeur Absolue, il y a cette symétrie tête-bêche entre le V et le A. Il y a cette symétrie en miroir entre les 2 parties de la courbe d’une fonction valeur absolue. Il n’y a jamais de signe moins, car on ne retient que la substance, la valeur absolue. Et rien ne se dérive en zéro, mais tout est possible en revanche en tout point, libre à vous de prendre la tangente. Le V tech de VA fait aussi écho à ce think-tank et club apolitique, Global Variations, que j’ai créé en 2017 et qui réunit des grands noms et des inconnus, talents et réussites du monde entier, de différents horizons, décideurs ou chercheurs, réfléchissant ensemble aux conséquences de l’innovation sur la gouvernance mondiale.

J’ai choisi de ne pas être président du mouvement politique pour montrer que la confiance est accordée à ceux qui viendront après moi. Et j’espère qu’on attirera plein de jeunes talents qui ne peuvent encore voter mais risquent d’en avoir très envie dans quelques années s’ils ont été les artisans de leur propre destin. Dans un univers déterministe, il nous reste, à notre échelle, cette liberté de choisir la pilule rouge ou la pilule bleu. Tout n’est pas possible, de voler à 10km d’altitude sans avion ou autre artefact propulsé, ou de passer avec son corps à travers les murs, mais tellement de stratagèmes de pensée ou via des artefacts techniques permettent de faire beaucoup de choses, plus qu’une vie ne suffit à accomplir.

J’espère que nous pourrons ainsi faire un bout de chemin ensemble selon ces buts avoués. Le programme politique évoluera, avec vous, bien sûr avec la patte de mon idée initiale, basée sur mon expérience politique des dernières années, mais je suis ouvert à la discussion. J’ai choisi moi-même de me définir de droite parce que j’aime l’idée de la liberté et de la réussite individuelle en inventant son propre rôle, d’être l’entrepreneur de sa propre existence, sans rien réclamer aux autres, même si on a paradoxalement jours besoin d’eux et que cela se fait plus naturellement sans exiger d’autrui. J’aime aussi l’idée qu’on veuille partager et créer de l’entraide, sans avoir besoin de se dire de gauche, parce que j’en ai trop croisé se disant de gauche qui ne le faisaient pas sauf sur les photos pour faire avancer leur carrière politique, et d’autres se disant de droite qui ne le faisaient pas non plus en justifiant que leur couleur politique favorisait d’abord leur personne et au mieux leur famille ou leurs amis.

Il y aura des imperfections, des erreurs, des hésitations, et tant mieux. Il y aura aussi des réussites individuelles et donc collectives. Tout ce que j’espère est que notre initiative tisse des ponts entre les français, permette de faire entrer la politique au niveau que les français doivent exiger, et invente une nouvelle organisation sociale, insufflée notamment par les nouvelles générations et les ingénieurs et scientifiques talentueux que nous avons ici ou dans le monde.

 

Les femmes

Le Kosovo

La Corée

Débuts en politique

La Sape

Le clavecin

 

 

 


 

INTERMEDES: Ces textes qui permettent de comprendre ma pensée seront placés au milieu du plan du livre entre certains chapitres lourds afin d’aérer le texte et de permettre au lecteur de se divertir vers d’autres sujets connexes.

Intermède 1: Eloge de la « Vérité »

La vérité a toujours fait problème. Mais aujourd’hui, force est de constater qu’elle ne compte plus – aujourd’hui, c’est-à-dire à l’heure de ce que d’aucuns appellent « l’ère de la post-vérité ». Le relativisme règne ; l’absolu n’est plus ; l’apparence des choses est maître ; enfin, la construction d’une image pour une personnalité politique compte plus que ses compétences.

Aussi les concepteurs de fake news ne sont-ils peut-être pas ceux que l’on croit : les médias qui s’auto-proclament « alternatifs » n’en sont que plus mensongers, et leur étiquetage n’est là que pour cacher leur participation à la falsification de masse, car eux comme les autres se soucient plus d’opinion que de vérité. Seule la contestation compte – peu importe la chose contestée. LREM et Médiapart, même combat ? Si je vous disais cela, je ne ferais à mon tour montre que de ma volonté d’exister dans ce petit monde, et ne serais qu’un imposteur de plus.

Bien sûr, les crétins ne sont pas nés à notre époque. Mais plus que jamais, qui se soucie de la science et des nobles choses spirituelles aujourd’hui ? Si ça ne perce pas, le truc est dead.  Si vous n’êtes pas le roi du haiku, de la thèse en 180 secondes, ou de la vidéo Brut / Konbini / AJ+ / loopsider, vous ne servez à rien. Tout doit être utile. Et ensuite, pour ceux qui percent, il y a le duel des opinions et le caractère viral des contres-opinions. Drapés dans une posture moraliste et grandiloquente, les apôtres du lynchage public et du shaming vous attendent au tournant avec le goudron et les plumes. Qu’importe s’ils nagent dans leurs paradoxes : si leurs leitmotivs sont la tolérance, la lutte contre le féminicide ou le sauvetage des pandas, ils n’ont rien à envier aux fascistes qu’ils prétendent pourfendre.

La sincérité, c’est le Dieu de ces social justice warriors. Un type engagé peut bien être enragé, s’il parle avec le cœur, c’est qu’il est dans le vrai. Si c’est un enfant (coucou Greta Thunberg), handicapé ou d’une minorité visible (je ne salue personne on va encore avoir des problèmes), il marque encore plus de points. La sincérité échappe à toute critique. Allons bon. Tonton Adolf n’était-il pas sincère ?

Le maître absolu de l’utilisation du terme de fake news, Donald Trump (notre maître à tous) qui bat en brèche toute attaque personnelle en répétant ad libitum “Fake News ! Fake News ! Fake News !”, est un exemple parfait de ce relativisme ambiant. Donald, aussi riche et intuitif que Picsou, a dégoté la stratégie parfaite pour vous convaincre : il fait tourner en boucle sa musique dans votre crâne. Cela tombe bien, votre cerveau fonctionne comme ça : il a besoin d’amplifier un signal, par des boucles dites ré-entrantes, pour qu’il soit perçu et mémorisé – qu’importe qu’il soit faux, du moment qu’il est là. C’est le principe des mantra et autres phénomènes répétitifs. Le cerveau est fait de rythmes et de stimulations qui envahissent un espace de « représentation » intérieur. Cela fait bien longtemps qu’on n’y donne plus de spectacle chez la plupart d’entre nous. L’oncle Donald n’a plus qu’à sortir les pop-corns et suivre la dernière séance.

« Si nos dirigeants dissent tout et son contraire, alors toute opinion se vaut », se dit le quidam. Vraie ou fausse, l’information même est la seule chose qui compte : chacun son point de vue, et toutes les cultures se valent, comme dirait l’autre. Vraiment ? Merde alors. Heureusement qu’il nous reste quelques certitudes, ou du moins quelques thèses solides et élaborées : la vitesse de la lumière dans le vide, la constante de Planck, la valeur énergétique d’un électron. Ah, l’argument d’autorité. Vous l’avez repéré ? Non, bien sûr. J’ai invoqué la science pour vous convaincre que mon avis était le bon. Vous êtes piégé, d’autant que j’ai aussi en rayon pour vous l’« effet gourou » de Dan Sperber, Les effets de satisfaction cognitive que je suis en train de provoquer irrésistiblement sur vous, lecteur, jouent en ma faveur. Ils augmentent la pertinence de mon propos, et vous pouvez me résister autant que si je vous demande de ne pas lire le mot suivant : « BENÊT ». Un ange passe. Par ailleurs, soyez conscients que l’effort fourni pour arriver à comprendre une thèse vous coûte : du temps, de l’investissement, de la fatigue mentale. Plus ce coût est élevé, et moins il y a de chances que vous acceptiez l’idée même que l’objet que vous avez étudié pendant quelques heures ou tant d’années soit juste faux, un produit d’ignare ou d’escroc. Vous seriez alors un peu comme un universitaire qui aurait consacré toute sa carrière à Lacan ou à Derrida, qui ne sont eux-mêmes que les premiers signaux faibles de l’avènement de l’ère de la post-vérité, où la vérité est critiquable, et qui sont en réalité plus témoins qu’initiateurs – aucun n’était membre du Bilderberg, du moins pas à ma connaissance, ils auraient dû faire dans l’assurance ou la finance pour avoir leurs chances d’y parvenir.

Pour le dire autrement, l’avis d’un prix Nobel est forcément irréfutable. Cédric Villani est forcément un type bien, mieux que Griveaux pour la mairie de Paris. Digressons un peu : dans ce cas, c’est sans doute juste, car Villani réfléchit, confronte, teste, vérifie. C’est comme ça qu’il a appris à penser à l’école de la science – et l’on ne va pas l’en blâmer. Il ne nous a au moins pas infligé (contrairement à Griveaux et à N’Diaye, à un an d’intervalle) la fake news anachronique de Saint Thomas d’Aquin qui ne croit que ce qu’il voit, fake news heureusement vite décodée par notre pays et sa foule de bons chrétiens – on ne vous le dit pas, mais ils sont légion.

De toute façon, la vérité n’est pas pratique pour enfumer. Il faut connaître des choses, c’est-à-dire les avoir un jour apprises, retenues, assimilées ; et pour ce faire, il faut le vouloir de tout son être. Alors, forcément, il est plus facile de raconter n’importe quoi, et même vivre dans le mensonge est un calvaire car il implique d’adhérer à la vérité, qu’il faut bien savoir pour mieux la tenir à distance.

Avec ce code du paraître, la politique d’aujourd’hui est une fausse nouvelle à elle seule, et pis encore : elle suit les règles de faux raisonnements. En définitive, notre exécutif (tout autant que ceux qui critiquent ses détenteurs) s’arrange pour avoir toujours raison, même quand il a tort, par les méthodes que l’on sait et que Schopenhauer et son « art d’avoir toujours raison » ne renieraient pas. Dans son fantasme de faussaire, le politique en arrive à abîmer les choses sérieuses, et c’est là que le tragique survient.

Après toutes les inepties des « élus » (sic)… Un politique qui défend la vaccination et la théorie de l’évolution ne peut être que louche ! On prie pour que le politique ne s’exprime pas sur des sujets importants, ce qui ne ferait qu’achever le peu de crédibilité qu’il reste  aux autres ! Et alors, sur les cendres de la vérité, des Cyrulnik, des Aberkane, des Bogdanov, des professeurs Joyeux et des laboratoires Boiron émergent. Alors, me diriez-vous, un politique voulant interdire les fake news ne peut être que suspect. Et vous auriez raison.

Les faussaires et autres mythomanes ont fait trop de mal. Ils ne sont pas que politiques : ils sont aussi conseillers et administrateurs en tous genres ; ils se cachent derrière leurs plus beaux PowerPoint, leurs plus belles parures, leurs apparats et autres pots de peinture (oui, je sais, évitons d’aborder le sujet). Pour nous entuber, ils ont utilisé leurs meilleures techniques, déjà cataloguées dans les années 1970 par Arthur Herzog dans Faking it in America : une fermeté bidon, une empathie bidon, un patriotisme à toutes les sauces, mais aussi un groupe d’experts-multi-fonctions (coucou BFMTV), des hyperboles (Notre Dame, priez pour nous pauvres pêcheurs) – et, surtout, cette croyance incantatoire en l’innovation (vous savez le fameux « progrès », la french tech, les startups, les incubateurs et tout le tralala). On célèbre à outrance la culture (ayant transformé les godes géants en gods and monsters), le triomphe de l’intuition, les titres et les statuts usurpés (ils se reconnaîtront, leurs noms figurent un peu plus haut).

Ces polémiques sans fin sont du pain bénit pour ceux que le règne de la confusion arrange. Car oui, dans notre monde dénué d’angélisme, où des puissances et des intérêts divers se tirent la bourre comme depuis la nuit des temps de l’humanité, quelques personnes comprennent mieux que d’autres dans quelle tragédie ces phénomènes poussent une civilisation vers le déclin. Il suffit aujourd’hui de créer de toutes pièces de fausses polémiques pour semer le doute. Certains services de renseignements ont déjà constaté ce type d’actions belliqueuses, peu coûteuses et efficaces, permettant par exemple de renforcer la polémique sur les violences policières aux USA. Ce sera un mode d’action de la guerre qui vient.

L’énergie consacrée à réfuter une fake news est aussi considérable que sa production de masse est d’une simplicité enfantine. Imaginez le degré du mal de tête, lorsque les ânes, les faussaires en chef auront même réussi à vous pondre une définition législative de la fausse nouvelle, qui n’ira évidemment que dans le sens relatif de la vérité selon ces mêmes faussaires-experts. Le crime ne profitera pas au baudet, mais plutôt aux vrais complotistes (zut alors, Son-Forget croit qu’il y a des complots).

La recette pour créer des fake news est simple et insidieuse, et peut se développer sur le terreau fertile du fameux esprit critique que l’on encense sans même le définir, et qui, mal compris, voudrait que l’on soit toujours le commentateur et le juge de tout, même si l’on n’en a pas la faculté ou si l’on n’y a pas été préparé.

Le raisonnement complotiste, produit à l’emporte-pièce sans fatigue aucune, est parfait pour assouvir le manque de réponses : c’est comme une recette de « prêt-à-penser », ainsi que le dit le brillant Sebastian Dieguez dans son ouvrage Total Bullshit, que j’ai copieusement plagié du reste en parlant de « prêt-à-penser ». C’est un phénomène adaptatif : en se faisant contestataire, on évite de s’avouer con et sans avis au milieu d’une foule de gens intelligents qu’il serait intolérable de voir exister en permanence, alors que notre propre existence est faite de misère intellectuelle, émotionnelle et physique. Et l’on est toujours, sinon totalement, du moins en grand partie, responsable de cette misère (« Je ne suis qu’une merde »).

Vous demandez les coupables, je le sens. La colère gronde. Au fond, je pense que ceux qui sont à pendre sont les hérauts de la vacuité intellectuelle, les pourfendeurs de la pensée polémique et des extrêmes qui sont autant de néo-fascistes déguisés en Harry Potter. Ils nous ont habitués à un niveau affligeant, et, à ce niveau, tout finit en effet par se valoir, car rien ne vaut. C’est là un monde où l’intérêt pour ceux qui cherchent est devenu honteux. Le politique s’y retrouve pris à son propre jeu : il ne peut plus incarner son propre rôle d’expert sans attirer la détestation et la vindicte populaire, surtout s’il en est réellement un – d’expert.

Évidemment, ce ne sont pas les bonimenteurs qui inventèrent l’eau courante, internet, la voiture électrique ou l’énergie nucléaire. C’est bien pour cette raison qu’ils entendent aujourd’hui vous ont fait croire que toute cette créativité, cette assiduité, ce travail, ce concret, que tout cela n’a servi à rien. Pour eux, il ne faut que « communiquer » et « se faire du réseau ». Cette vacuité est devenue un modèle de réussite : encensé à Sciences Po (antichambre du pouvoir), son règne a institué le pire des relativismes.

Et maintenant, que faire ? Va-t-on décider que c’est intolérable et que c’est enfin le moment de revenir au vrai esprit des Lumières (car, ces cons ont dévoyé jusqu’au principe de l’humanisme à force de le reprendre à leur compte, et ils vous donneraient envie d’être du côté obscur juste pour pouvoir montrer que le côté du bien est finalement toujours suspect) ? Ou bien sombrerons-nous tous ?

Car le niveau baisse, et c’est sur l’exploitation de ces faiblesses sociologiques et humaines que se basera la politique de demain. Avec quelques bots et quelques fermes agents rodés, il sera aisé d’utiliser à des fins commerciales, défensives ou géopolitiques les principes que je viens d’exposer. Se dérouleront des combats mentaux, des guerres cognitives. On s’est bien moqué de la psychologie cognitive qu’évoque le Son-Forget. Mais on en reparlera. A côté, Cambridge Analytica, ce n’était rien. On fera des blessés mentaux ; on utilisera du Full Metal Jacket, qui traverse l’ennemi et le blesse au lieu de le tuer à coup sûr en explosant en son sein, car un blessé coûte plus à une société qu’un mort.

Finalement on y est : en bon individualiste, chacun est l’auto-entrepreneur de sa propre vie. C’est la startup-life. Chacun a quelque chose à vendre, et ressent la nécessité impérieuse d’avoir – et surtout, de donner – un avis sur tout. Chaque vérité vraie (je suis désolé pour notre belle langue, mais on en est arrivé là) est à la merci de sa propre réduction à l’état de fake news : il suffit de « deux mots répétés trois fois », et le tour est joué – merci oncle Donald. Il n’est même plus besoin de ressentir le moindre inconfort en étant confronté à la vérité, il suffit de s’y opposer : la dissonance spirituelle n’est plus, car elle est résolue par la relativité de tout.

J’ai dit ce qu’il fallait dire. Maintenant, j’en appelle au sursaut des Français. Petite toux dans la grande salle vide. J’espère que le Président de la République qu’ils choisiront pour les représenter permettra l’avènement d’un réinvestissement du réel, c’est-à-dire de ce qui compte : il encensera le travail de fond, choisira de s’entourer d’hommes dédiés au raffinement d’un art ou d’un savoir-faire, utilisera des méthodes basées sur l’observation et non sur des confrontations d’opinions ou d’émotions. Il sera rigoureux et cohérent dans son travail, revenant sur la correction d’un modèle erroné et assumant, en temps réel, publiquement, ses propres revirements ; il ne recherchera que le vrai, la preuve, les faits. Il assumera de dire au peuple que l’on acquiert un savoir et un savoir-faire en travaillant, et non pas en décrétant que l’on en dispose. Il fera peut-être vieux jeu, mais le jeu en vaudra la chandelle. Il est temps d’arrêter cette dégringolade dans laquelle on nous a embarqués.

Le réflexe salvateur de survie n’aura lieu que par le biais de la prise de contact avec le réel. Il est temps de retrouver notre France, notre terre, notre pays, et toutes ses réalités. Il est temps de cesser d’avoir honte d’être des hommes, et j’entends par là des hérauts de la civilisation. Jouer une polonaise de Chopin de façon sensible est une grande et belle chose pour l’homme, jeter des œufs colorés sur une toile avec son vagin n’en est pas une.

C’est ainsi que j’ai tenu à vivre ma vie : confronté au vivant, aux animaux, à la science ; amoureux des femmes ; appliqué dans mes domaines de prédilection (arts martiaux, tir à longue distance, musique). Le raffinement est infini lorsque l’on travaille une œuvre de musique ancienne ou lorsqu’on doit appliquer des règles de calcul balistique et prendre en compte les paramètres météorologiques d’un environnement changeant pour faire but. C’est à cela que travaillent encore quelques anonymes, appliqués, loin du brouhaha de ce monde du Faux, souvent proches de la vie et de la mort, médecins ou opérateurs commando, pour vous citer deux univers qui me parlent.

L’avènement des populismes en Europe est peut-être, malgré tout et malgré nous, une transition nécessaire. Nous nous prenons la porte dans le nez une bonne fois pour toutes : que cela nous permette de voir que des personnalités différentes doivent émerger et revenir aux fondamentaux de la recherche de la vérité vraie (ouille). Peut-être sont-ils honnêtes, ces populistes – personne ne le sait. Pour l’instant, le salut ne semble pas venir de la censure d’internet (impossible à appliquer et dans tous les cas totalement insensée), ni des décodeurs et autres soldats de la résistance aux fake news sur les réseau – ces derniers n’étant en fait souvent que des enfants.

Une dernière arme, que nous possédons tous, est celle de l’humour. Quand les imposteurs se prennent trop au sérieux, ou sont d’un pédantisme risible, il ne reste parfois que l’option de les moquer pour mieux révéler la supercherie. L’usage de l’humour et de la satire a ce double avantage qu’il attire une audience d’humains au naturel fainéant (je m’inclus parmi vous) et qui préfèrent se divertir plutôt que de réfléchir. Dans une même pirouette, il faut choquer les cons et les imposteurs, pour les détruire. Sinon, il ne sera plus possible de faire des canulars, de se moquer, de rire de quelqu’un qui le mérite, d’en signer un autre pour mieux révéler son imposture. Les faussaires sont en train de nous ôter notre dernière liberté. Alors, à mon tour de vous inciter à la vindicte publique, car celle-ci serait saine : HARO SUR LE BAUDET ! Ne les laissez pas vous empêcher de rire, d’être impertinent, de penser et d’apprendre ! Sinon, à la « clameur du Haro » ne se substitueront bientôt plus que les « arrestations silencieuses », pour reprendre deux formules de Victor Hugo dans L’Homme qui rit. Hugo parlait aussi de son Esméralda engeôlée comme je vous parle de notre humanité hésitante et chancelante à l’ère de la post-vérité. « Dans cette infortune, dans ce cachot, elle ne pouvait pas plus distinguer la veille du sommeil, le rêve de la réalité, que le jour de la nuit. Tout cela était mêlé, brisé, flottant, répandu confusément dans sa pensée. Elle ne sentait plus, elle ne savait plus, elle ne pensait plus. Tout au plus elle songeait. Jamais créature vivante n’avait été engagée si avant dans le néant. » Si c’est Notre-Dame de Paris qui vous le dit, alors…

 

Intermède 2: Dialogue avec Emmanuel ou « L’Emmanuel que j’aime »

Cher Emmanuel,

Je préfère te prévenir de suite : cette lettre à bâtons rompus n’est qu’un miroir que je nous tends à tous deux, dans une salle de bains imaginaire où ne nous sommes jamais retrouvés – mon dieu, je digresse déjà.

Tout a l’air si cohérent dans ton parcours. Mais notre mémoire à chacun se construit et se détruit, à la façon des reportages remasterisés par des individus en quête de cohésion, comme chacun de nous, finalement, nous qui voulons nous sentir bien avec nous-mêmes, nous qui voulons que notre vie ressemble à un CV bien complet, sans trous ni errements, nous qui nous soucions de tous ces autres qui nous regardent. Attardons-nous un peu sur cette idée cohésion, veux-tu ? C’est aussi cela qui rapproche les gens…

J’ignore quelle blessure originelle t’a poussé à cultiver ta différence parmi les autres et, au premier chef, parmi les tiens : tu es le seul énarque d’une famille et même d’une belle-famille de médecins, mais n’en parles jamais. J’ai aussi la mienne, de blessure. Ici, beaucoup ont ce type de cadavre dans leur placard, mais il apparaît clairement que tu connais bien le tien, sinon, tu n’aurais pas développé ce talent d’adaptation à toute épreuve, que j’appellerai effet caméléon. Il t’a permis de réussir, mais il te joue des tours – et je sais de quoi je parle.

A cet effet caméléon, tu as joint une véritable mémoire d’éléphanteau. Après notre première rencontre à ce dîner parisien où, alors que tu n’étais pas même en campagne, alors que rien ne t’y obligeait, tu étais passé auprès de chacun des nombreux convives pour échanger quelques mots, tu te souvins de moi lors du pot VIP de la Mutualité, suite à ce meeting fondateur réussi, lors même que mes cheveux en forme de casque touffu n’inspiraient absolument aucun respect ce soir-là. Cette capacité à être attentif et empathique – ou, du moins, à paraître l’être – est un de ces trucs propres aux grands hommes politiques qui, en quelques secondes, semblent vous avoir tout donné.

Bon… Il y a bien autre chose, le charme… Le tien a enfilé jusqu’à la garde bien de jeunes hommes, épris de toi sans oser se l’avouer et te l’avouer (enfin, qui sait ?) C’est un grand pianiste français qui me mit la puce à l’oreille, lui qui avait, de son propre aveu, « oublié depuis longtemps le mode d’emploi des dames », mais qui craignait ce regard bleu qui est le tien, ce bleu qu’abrite un os frontal plongeant vers l’avant et qui te donne un air sévère, même au naturel. C’est bien connu, la carotte et le bâton, il n’y a que cela pour séduire et motiver.

Il y a encore chez toi un autre phénomène particulier, qui est le paradoxe. Parlons-en sérieusement, de cet air d’empathie non feinte que tu sais avoir face à des publics très différents, de cet air d’empathie mais aussi, tout autant imposant, d’intelligence, qui se transforme parfois, d’un seul coup d’un seul, en distance, en froideur, en mépris. Tu es à toi seul le Tai Ji, ce symbole taoïste du Yin et du Yang qui met en valeur l’ombre de la lumière et la lumière de l’ombre, et que les frangins, avec leur damier noir et blanc, leur pavé mosaïque, n’auraient pas démenti, car le Diable est en Dieu et que le monde est aussi complexe qu’un nuancier.

Du Yin, tu tires ton abandon christique, ta sensibilité presque féminine et ce côté très introspectif qui te fait croire à une transcendance ; du Yang, ton élan solaire et viril – bien plus présent chez toi que chez ces plexus basanés que l’on trouve sur les marches de l’Élysée –, digne d’une statue romaine ou des Dieux du Stade, exprimé dans ton « je veux… que vous alliez… partout »  – ce soir-là, un autre de nos amis t’avait suggéré un peu de miel pour adoucir ta voix.

L’introspectif, c’est ce jeune Emmanuel, au prénom évidemment prédestiné, et qui demande à se faire baptiser aux portes de l’adolescence. Ce jeune Emmanuel est tiraillé entre, d’un côté, des parents, sans doute trop pris par leur métier médical, probablement de droite comme on l’est à la campagne (à Amiens, elle n’est jamais bien loin, la campagne), et, de l’autre, une grand-mère d’un milieu enseignant où l’on loue plus souvent les lettres, l’art, l’exécutif fort, l’anticléricalisme. Politiquement, la résolution dialectique par le « en même temps » doit bien te venir de quelque part.

Mon mentor à moi, c’était Daniel, mon professeur de piano, qui joua un peu pour moi le rôle de ta Nanette à toi, et qui fut ma petite voix de gauche. A droite, il y avait mes parents, et la religion qui était la leur. Toi, tu as persisté dans ta quête spirituelle, dans ta volonté de réconcilier les intellectuels et les prieurs, en allant faire un tour du côté de chez Ricœur, penseur épais, complexe, incompréhensible pour beaucoup mais aux aspirations morales et existentielles nobles ; bien Français, en somme. On trouve chez Ricœur une sainte Trinité déguisée, dissimulée dans sa vision de la société des hommes et dans son concept de visée éthique : « une vie bonne, avec et pour autrui, dans des institutions justes ». Le paradoxe apparent de Soi-même comme un autre, c’est son « en même temps à lui ». Mais laissons là Ricœur, si tu le veux bien, car ce grand homme semble avoir oublié un point important pour tout un chacun : la question de la fidélité à soi, ou, au contraire, celle de la trahison que l’on peut se faire vivre à soi-même. On va en parler, de ça.

Il y a longtemps de cela, j’avais cherché chez Montebourg, ton meilleur ennemi à Bercy, sur le bureau duquel tu posais, dit-on, les pieds en signe de domination (le voilà, ton côté romain), bref j’avais cherché chez lui une émanation de sens patriotique capable de réconcilier les Français. Hélas, je n’avais trouvé qu’un faux opinel et un mauvais saucisson. Il était faux.

 

Avec toi, j’ai d’abord hésité. Je me souviens très bien de cette fois où, en Bretagne, les « illettrés » du Gad t’ont offert un paquet de pâtes alphabet pour te signifier leur mécontentement, voire leur meurtrissure, mais tout de même de bonne guerre, et que tu avais renchéri en assenant une petite tape sur la joue de l’un d’entre eux de manière fort condescendante. Personne ne s’en souvient ; moi, si.

Mais, par la suite, j’ai découvert que tu avais donné ta confiance à de jeunes étudiants pour mener ta barque ; que, par ailleurs, il y avait de belles personnes d’une grande humanité, comme Christian et Brigitte – la sienne –, ou d’une grande érudition, comme Sylvain. Et alors, j’ai commencé à fouiller, écoutant mon réflexe de chercheur ou de médecin en quête des causes de ton atypie : je me suis fait ton étiologue.

Tout comme moi, tu es marqué par un tiraillement intérieur, et certaines circonstances t’ont mené loin de ton foyer familial. Je te l’ai dit, j’ai eu ma Nanette à moi, et je me doute que ta grand-mère a du t’amener vers une considération sérieuse des choses de la vie, de la politique, des lettres aussi, elle qui évoluait déjà dans un milieu où la transcendance divine a été peu à peu tuée pour être remplacée par celle du maître d’école. Mais on est loin des hussards noirs de la République, et le certificat interne ne délivre pas de ticket pour le paradis.

Or, tu as un goût certain pour ce qui nous dépasse, je l’ai bien vu. C’est ce même appétit qui te rendit fou amoureux de cette sublime femme alors mystifiante d’érudition (pas comme Madame de Rênal), qui te poussa à choisir le baptême, tardivement, à douze ans, et la confession pénitente (comme Madame de Rênal). Cette double conversion en dit long sur ta volonté de connaître les grandes choses de l’existence, bien loin des fausses irrationalités à la mode dans notre milieu. Tu es homme sensé et éclairé.

Tu t’es rêvé successivement comédien, philosophe, milliardaire. Tu as rêvé à une oisiveté précoce, comme tous ces types qui s’arrêtent à cinquante ans, jouent au Golfe et font de la voile, mais, même si tu es épicurien et aussi panier percé que moi puisque tu as réussi à claquer tous tes revenus de chez Rothschild et Co., cette vie ne te convient pas, pas plus qu’elle ne convient à nos amis qui eurent la faiblesse, peut-être même la stupidité de croire, l’espace d’un instant, que c’était une fin en soi, une victoire.

La vie est courte, le temps passe vite et l’on se retrouve vite has been avant même d’avoir été, comme le disait J.J. Goldman, lui qui, contrairement à toi, se serait bien vu minoritaire, tranquille. Mais ça, c’est plutôt mon truc… J’aime la lumière, mais moins que toi ; j’ai toujours préféré les niches, non pas fiscales, mais celles de passions qui n’ont jamais intéressé que moi – femmes et causes perdues comprises. Je ne parle pas de hobbies, choses que ni toi ni moi ne connaissons. Ce que nous aimons, c’est faire bien les choses, par exemple quand tu te mets au piano, chez toi au Château peut-être, à la résidence de Jean-Marc à Abuja il y a des années, ou sur ton petit piano droit, dans votre maison de vacances du 2kkk (Touquet kéké, note du traducteur pour les non anglophones hérauts de la francophonie). Tu aimes la grande musique comme moi, c’est évident, car tu respectes ce qu’elle incarne de plus grand que nous, n’en déplaise à ceux qui ne voient que ta couverture maladroitement franchouillarde. Car il t’arrive de devenir un français moyen, provincial, quand tu te laisses aller à des reprises personnelles d’Aznavour ou de Cocciante (je tairai cette belle scène familiale, et je ne suis pas cynique ici, car ça, c’est vraiment beau ; ça, c’est vraiment toi), à tel point que ta femme même trouve que tu as des goûts de vieux. Mais ça, tu t’en fiches, parce que chanter Aznavour ou reprendre la croix du grand Charles dans ton logo élyséen, les deux te vont, et c’est ce qui te rend passionnant. C’est ça, notre France, la tienne comme la mienne, celle des cercles d’intellectuels parisiens et des ronds-points du fin fond de l’Yonne. Tu as tout pour réduire les fractures françaises que seuls les crétins et les bobos ne voient pas – une qualité n’empêche pas l’autre, parce qu’ils n’ont jamais été marcher hors des chemins battus, là d’où nous autres provinciaux venons.

Les carabins ne sont pas des petits lapins. C’est chaud. Je pourrais en faire un rayon, en mauvaises blagues, et je peux aujourd’hui me permettre ou de dire ou de faire des choses que, toi, tu ne peux pas. Et même ce que tu t’es résigné à appeler des petites phrases ne casserait pas trois pattes à un canard. Tu nous l’as dit, en petit comité : le mea culpa, appliqué à ce concept précis, tu ne le sentais pas trop. Et je pense que tu as raison. Ne regrette rien. Toutefois, pour redevenir audible, il te faut faire l’impasse sur toutes tes autres couillonnades, sur ton maquillage à outrance et sur tes photographies obamesques, aussi inutiles et hypocrites qu’un costume indien porté par Justin Trudeau. Une partie de moi comprend ce cirque, ces clichés avec Line Renaud ou Mimi Mathy, ces funérailles monumentales pour Johnny, ces fringues chères (mais pas si jolies) arborées par une Brigitte aux anges, tellement heureuse d’être première dame, ce poste absurde qui ne devrait sans doute pas exister en République. Quelque part, c’est votre rêve à vous, votre rêve de provinciaux atypiques. Tu l’as dit toi-même, il y a un absent dans la politique française, et cet absent, c’est le roi, que le président n’a jamais vraiment su remplacer. Brigitte aurait pu être reine, ce qui aurait été bien plus cohérent et majestueux.

Il y a d’autres choses qui ne vont pas, et, au premier chef, cette façon que tu as de tout cloisonner. Tu voudrais que tout le monde soit content, mais tu évites soigneusement le mélange (qui se produit, dangereusement, là où tu ne le vois pas, sinon peut-être traduit sous forme de chiffres). Toi qui te vois tiraillé entre tes mondes et tes rôles, admets enfin qu’il est temps de cesser de faire le caméléon, d’accepter que tu puisses être plusieurs choses à la fois et non successivement. Ton attitude fut habile, pour progresser socialement, te faire apprécier de tous, mêmes de mentors victimes du biais de confirmation. Mais aujourd’hui, cela ne marche plus. Le monde redevient parfois manichéen à ton niveau de responsabilité, ni tout blanc ni tout noir peut-être, mais appelant des décisions sans appel. Tu ne peux plaire à tous, c’est un fait. Tu peux leur faire peur, et cela est parfois utile. Dangereux, aussi. Mais tu ne dois pas leur inspirer de la haine, et tu le sais bien, toi qui as lu et relu Machiavel. Or, un caméléon est un être frustrant, et l’on connait tous les deux les effets de la frustration. Hmm.

Cette révolution que tu appelais de tes vœux en 2016, elle n’est pas encore arrivée. Le peuple s’est soulevé, mais contre toi, si près de toi. Si tu tiens bon, si tu demeures le plus fort dans ce bras de fer, c’est au prix du sacrifice du bien commun, du dialogue, de l’ouverture, comme si tu t’étais enfermé dans ton nouveau monde, qui n’est peut-être ni de droite ni de gauche, mais où progressistes devraient guider populistes. Toi qui ne veux pas donner le point à ces derniers, en Italie par exemple, rappelle-toi notre combat de l’été passé, au sujet de l’Aquarius. A ces populistes que tu abhorres, tes marcheurs socio-libéraux servent d’éclaireurs. Rappelle-toi aussi que nous étions d’accord pour sauver ceux qui devaient l’être, mais que, en même temps, nous sommes restés intransigeants quant aux cinq tunisiens ramassés après le premier sauvetage, car ils n’avaient pas vertu à recevoir l’asile chez nous.

Ton Grand Débat en est l’illustration la plus parfaite. Ce monde du 0.001%, les Français ne le connaissent pas. Je n’ai qu’un pied dedans, toi, les deux dans le plat. C’est celui que les complotistes de bas étage croient toucher du doigts, sans succès, car la lune reste invisible derrière leurs phalanges levées tous les samedis, le poing aux cieux, comme dit ma chanson. Et dans ce cas, qui peut te comprendre, si ce n’est le collectif des macronistes anonymes ? Et tu dois, du reste, admettre que ta révolution s’est arrêtée au milieu du gué : pour aller chercher les jeunes et les laissés pour compte, il te faudra bien autre chose que la résurrection des socio-libéraux du Parti Socialiste que je vomis et que tu vomis aussi – avoue-le, homme de droite !

Tu dis vouloir réunir les Français, mais tu entends trop tes anciens camarades de l’ENA et de ta promotion Senghor sans classement (dommage, tu avais bien choisi tes stages) et égalitaire malgré elle, ainsi que tous ces gens n’appartenant qu’à ce petit monde qui a fini par t’aspirer totalement pour te faire entrer dans son moule, n’hésitant pas, pour te tenir sous scellé, à te conseiller d’aller faire un tour au ski – quand bien même ton épouse t’a encore couvert sur ce coup-là –, comme si de rien n’était, de nommer machin pour neutraliser truc, et bidule pour le calmer. Des bêtises, rien que des bêtises, quand t’es pas là.

Allons, Emmanuel, « Dieu est avec nous » ! Regarde-toi dans ce miroir que je te tends. Tu voulais être le Roi, et tu avais suffisamment de lumière en toi pour changer la donne. Montre-moi qu’il est encore temps de voir, tout au bout, les lumières. Montre-moi qu’il est encore temps de croire à ce monde en couleurs. Brigitte aurait pu être la nouvelle Maintenon ou Montespan. Plus que tout, vous aviez toutes les cartes en main pour être ceux sur qui le peuple voudrait pouvoir s’appuyer et compter. Mais cette lumière qui est en toi ne va pas sans sa part d’ombre, on l’a vu, et tu t’es engagé sur le chemin de la rupture, de la fracture, de l’incompréhension. Ton Grand Débat en est la preuve : il n’y a pas de discussion possible, mais seulement une lutte à mort, car qui débat se débat, et n’a pas pour autre but que de sortir victorieux face à celui qui est devenu un ennemi. Ils cultivent l’iconographie du petit, ces minables qui tentent de te façonner de l’extérieur, sournoisement, et tout ce petit monde survit coûte que coûte en confinant à la miniature tous ceux qui, comme toi, nous le savons tous deux, ont des vues supérieures que je qualifierais d’humanistes. Place à la grandeur, place au peuple. Avançons ensemble, sabre au clair. Continue ton boulot et les passerelles. Attrape et coagule. La période est propice au mouvement, c’est ce que beaucoup n’ont pas compris.

Amitié – sans s, comme tu le dis si bien, car on ne la donne qu’une fois.

 

Notes:

Rajouter des intertitres pour augmenter la lisibilité de mes digressions.

Utiliser mes digressions et mes anecdotes de vie comme prétexte à raconter un principe ou un concept.